Masque social : qui ĂŞtes-vous vraiment ?

Le masque social ou la persona, c’est ce personnage que nous jouons pour entrer en relation avec les autres. Neuroatypiques ou non, nous portons tous un masque social et, en particulier, les personnes autistes. Elles ont pour habitude d’imiter les autres et de « masquer », afin d’ĂŞtre mieux intĂ©grĂ©es dans un groupe. On parle parfois de camouflage social ou de masking autistique. Pourquoi avons-nous tendance Ă  dissimuler notre vraie personnalitĂ© ? Comment laisser tomber le masque pour devenir soi ? Est-ce dangereux de se rĂ©vĂ©ler aux autres ?

Porter un masque social : une bonne idée ?

Le masque social, appelĂ© Ă©galement la Persona en psychologie jungienne, se pose sur notre visage très jeune. Enfants, nous comprenons vite qu’il faut parfois « faire des efforts » pour s’intĂ©grer dans un groupe. Nous endossons un costume, choisi avec soin pour coller Ă  la situation sociale rencontrĂ©e.

Ă€ l’Ă©cole ou dans le système Ă©ducatif, un enfant dynamique en famille peut se mĂ©tamorphoser en un Ă©lève sage et effacĂ©, respectueux des conventions sociales et de l’autoritĂ©. Quand j’Ă©tais enseignante, les parents de ces Ă©lèves Ă©taient souvent Ă©tonnĂ©s de constater que leurs enfants, extravertis et parfois rebelles Ă  la maison, n’avaient pas le mĂŞme comportement en classe.

Le masque social change ou tombe quand le cadre de vie est plus libre. Ainsi, lors d’une sortie scolaire ou d’une rencontre sportive entre Ă©coles, certains Ă©lèves devenaient complètement diffĂ©rents. Plus sĂ»rs d’eux, plus confiants, ils prenaient une position de leader. C’Ă©tait un plaisir de les voir Ă©changer avec leurs pairs sous un angle diffĂ©rent. J’avais l’impression de dĂ©couvrir leur vraie personnalitĂ©.

Masque social : une enfant cache son visage derrière ses deux mains
Très jeunes, nous apprenons à cacher notre vraie personnalité dans certaines situations sociales.

Adultes, nous poursuivons ce fonctionnement dans des contextes formels comme le travail. Nous nous assurons de coller Ă  l’image que nous croyons attendue par les autres, d’afficher une allure « professionnelle » pour ne pas choquer ou ĂŞtre rejetĂ©. Notre Ă©ducation nous a appris Ă  respecter les conventions sociales, Ă  cacher nos Ă©motions, Ă  dompter nos impulsions. Mais Ă  trop vouloir paraĂ®tre lisse, ne risquons-nous pas de perdre notre singularitĂ© ?

Le masque social : ses avantages

Comme un caméléon, nous changeons de couleur pour nous adapter à notre environnement. Le masque social présente plusieurs intérêts dans notre vie quotidienne :

  • Il joue le rĂ´le de mĂ©diateur, comme un lien entre nous et les autres.
  • Il facilite notre insertion dans un groupe ou nos Ă©changes avec un interlocuteur.
  • Il nous permet de respecter l’ordre Ă©tabli.
  • Il enrobe notre personnalitĂ© d’un voile qui en cache les aspĂ©ritĂ©s.
  • Il dissimule nos Ă©motions et nos traumas.
  • Il nous aide Ă  paraĂ®tre tel que nous pensons devoir apparaĂ®tre aux yeux des autres.

En facilitant notre intĂ©gration sociale, la persona contribue Ă  notre sentiment d’appartenance et notre sĂ©curitĂ©, physique et psychologique. Ce n’est qu’après avoir trouvĂ© notre place au sein d’un groupe que nous nous sentirons assez forts et sĂ©curisĂ©s pour nous distinguer des autres. En ce sens, se cacher derrière un masque est une Ă©tape nĂ©cessaire. Ce qui peut sembler contraignant nous apporte, paradoxalement, une certaine libĂ©ration. Nos tourments et nos angoisses se calment quand nous nous savons acceptĂ©s par autrui.

Le camouflage social : un sentiment de décalage

Comme toute mĂ©daille a son revers, le camouflage social prĂ©sente des inconvĂ©nients. Ă€ trop vouloir plaire aux autres, nous risquons de nous oublier nous-mĂŞmes. Nous avons l’impression de mentir, de dissimuler notre vraie personnalitĂ©, de jouer un rĂ´le. Ce dĂ©calage entre authenticitĂ© et conformitĂ© aux normes Ă©tablies peut crĂ©er un malaise, une frustration, voire une dĂ©pression.

Les autres nous apprĂ©cient, mais quelle est la valeur de cette estime, puisqu’ils apprĂ©cient, en rĂ©alitĂ©, le personnage que nous jouons ? Ces amis, ces proches, ces collègues qui nous acceptent dans leur groupe, nous connaissent-ils vraiment ? Ă€ trop porter un masque, nous pouvons douter de notre Moi. Qui suis-je ? Quels sont mes besoins ? Nous sommes nombreux Ă  ne plus savoir rĂ©pondre Ă  ces questions essentielles.

Il nous faudrait faire tomber le masque pour accĂ©der Ă  notre vĂ©ritable Moi. Mais peut-on vraiment ĂŞtre soi ? N’y a-t-il pas des risques, des dangers, Ă  dĂ©voiler notre identitĂ© profonde ?

Retirer notre masque social pour enfin être nous : un masque noir porté à bout de bras sur deux mains ouvertes
Retirer notre masque social est indispensable pour aller Ă  la rencontre de notre Moi.

Camoufler quand on est autiste

Les personnes autistes sont confrontĂ©es très jeunes au camouflage social. Si elles ont conscience de leur diffĂ©rence, elles vont dĂ©velopper des stratĂ©gies pour s’adapter. Comme elles ne connaissent pas les codes sociaux, elles n’ont d’autres choix que de les deviner. En vĂ©ritables camĂ©lĂ©ons, elles vont imiter le comportement des personnes neurotypiques, comme les jeunes enfants imitent les adultes.

Le camouflage a plusieurs objectifs :

  • donner meilleure impression ;
  • Ă©viter d’ĂŞtre harcelĂ© ;
  • « passer » dans le monde des personnes non autistes (c’est-Ă -dire rĂ©ussir Ă  faire croire qu’on est neurotypique en gommant totalement ses spĂ©cificitĂ©s).

Ce comportement d’adaptation sociale est très exigeant. Il entraĂ®ne de la fatigue physique et psychique. La personne autiste doit observer les autres, agir comme eux, jouer un rĂ´le en permanence. Elle doit Ă©galement rĂ©frĂ©ner certains traits de sa personnalitĂ©. Ainsi, en public, elle cherchera Ă  Ă©viter le stimming, un comportement d’apaisement qui consiste Ă  s’autostimuler par des gestes ou des mouvements du corps (se balancer, se toucher les cheveux, jouer avec ses doigts, mordiller un objet, etc.).

Les femmes autistes sont des reines du camouflage social. Ceci facilite leur intĂ©gration, mais peut nuire au diagnostic de leur neurodivergence. Elles se sont tellement « adaptĂ©es » aux attentes de la sociĂ©tĂ© qu’elles ne semblent pas autistes. Cet obstacle au diagnostic a Ă©tĂ© Ă©voquĂ© sur le blog dans cet article :
➡️ La difficulté à déceler les femmes autistes

Devenir soi : révéler son Moi profond

Que vous soyez une personne atypique ou non, vous pouvez ressentir le besoin de « faire tomber le masque » pour diverses raisons :

  • impression de tromper les autres ;
  • difficultĂ© Ă  savoir qui vous ĂŞtes vraiment ;
  • atteinte de vos limites personnelles lors d’un burn out ;
  • stress, anxiĂ©tĂ© ;
  • perte de sens ;
  • sensation d’irrĂ©alitĂ© liĂ©e Ă  un traumatisme, etc.
Femme portant un masque blanc qui cherche Ă  respirer le parfum d'une rose
Le masque social peut nous empĂŞcher de nous Ă©panouir et de profiter des plaisirs de la vie.

Retirer son masque social : 5 pistes pour apprendre à se connaître

Pour découvrir votre Moi réel, celui que vous cachez peut-être aux autres, vous devez explorer votre personnalité :

  • porter votre attention sur vous-mĂŞme en favorisant les moments de calme, en pratiquant des activitĂ©s de pleine conscience ou en Ă©crivant dans un journal ;
  • mettre en valeur vos blessures pour cicatriser, identifier vos peurs et vos blocages, mais trouver aussi quelles sont vos ressources et vos forces ;
  • pratiquer des activitĂ©s dans lesquelles vous vous sentez Ă  l’aise pour retrouver confiance, affirmation de soi et authenticitĂ© ;
  • connaĂ®tre vos valeurs et vos qualitĂ©s, pour vous sentir aligné•e avec votre ĂŞtre intĂ©rieur ;
  • dĂ©finir des objectifs et choisir des situations riches de sens qui vous apporteront un sentiment d’accomplissement et d’Ă©panouissement personnel, dans votre vie personnelle, amicale, familiale et professionnelle.

Reprenez le gouvernail de votre barque et orientez-la vers une direction qui vous correspond. Des petites actions simples peuvent vous redonner le contrĂ´le de votre vie. Par exemple : faire du tri dans vos relations (rĂ©elles et virtuelles) ou analyser l’utilisation de votre temps. Quand vous scrollez sur les rĂ©seaux sociaux, cela vous apporte-t-il un bienfait ? Avancez-vous sereinement vers vos objectifs prioritaires ? Parvenez-vous Ă  vous concentrer sur vos projets ou avez-vous tendance Ă  vous sacrifier pour les autres ?

Essayer d’ĂŞtre plus BEAU avec soi-mĂŞme

Dans une vidéo YouTube, Christèle Albaret nous pose deux questions fondamentales :

Qui ĂŞtes vous vraiment ?
Quels sont vos besoins ?

ĂŠtes-vous capable de rĂ©pondre de façon spontanĂ©e, en trente secondes, Ă  ces deux questions ? Si oui, vous ĂŞtes Ă  l’aise avec votre image sociale. Vous connaissez votre personnalitĂ© et vous vous adaptez en restant vous-mĂŞme en toutes circonstances.

En revanche, si vous hĂ©sitez, c’est que vous ne savez pas qui vous ĂŞtes. Vous avez peut-ĂŞtre vĂ©cu des situations de violence psychologique ou des relations toxiques qui vous ont fait perdre votre confiance et votre personnalitĂ© propre. Un travail de dĂ©veloppement personnel peut vous aider Ă  y voir plus clair.

Dans cette vidĂ©o, la coach vous conseille d’ĂŞtre plus BEAU avec vous-mĂŞme :

  • B comme Bienveillant (acceptez-vous comme vous ĂŞtes, avec vos qualitĂ©s et vos dĂ©fauts) ;
  • E comme Essentiel (apprenez Ă  ĂŞtre vous-mĂŞme et Ă  maĂ®triser votre Ă©nergie vitale) ;
  • A comme Authentique (allez vers des relations sociales plus justes, soyez vous-mĂŞme et vous verrez que la connexion avec les autres sera plus profonde, plus vraie) ;
  • U comme Unique (faites vivre votre singularitĂ©, trouvez un juste Ă©quilibre entre qui vous ĂŞtes et ce que la sociĂ©tĂ© attend de vous pour ĂŞtre reconnu et apprĂ©ciĂ© comme vous ĂŞtes).

Prêt•e à vous lancer dans ce grand voyage intérieur ?

NB. N’hĂ©sitez pas Ă  contacter un psychologue ou un psychiatre si vous vous sentez perdu•e dans votre quĂŞte d’identitĂ©. Il est difficile, voire impossible, d’avancer seul•e sur le chemin de la dĂ©couverte de soi si on est un homme ou une femme atypique, ou si notre passĂ© a Ă©tĂ© marquĂ© par des traumas.

En bref

Nous sommes tous amenĂ©s, dès l’enfance, Ă  porter un masque social pour nous intĂ©grer dans un groupe. Ce masking, très prĂ©sent chez les personnes autistes, peut devenir source de fatigue et de souffrance. Ă€ trop jouer un rĂ´le, nous finissons parfois par ne plus savoir qui nous sommes vraiment. Heureusement, rien n’est figĂ©. Des activitĂ©s dĂ©diĂ©es Ă  la connaissance de soi peuvent nous aider Ă  retrouver notre vrai Moi cachĂ© derrière les masques sociaux. Pour nous guider dans ce voyage, gardons en tĂŞte l’acronyme BEAU : Bienveillant, Essentiel, Authentique, Unique.

Savez-vous vraiment qui vous ĂŞtes ? Souffrez-vous de devoir assumer les rĂ´les que vous impose le camouflage social ? Racontez-nous en commentaire.

Sources :
https://cosideral.fr/masque-social-comment-redevenir-soi/
https://comprendrelautisme.com/le-camouflage-social-chez-les-personnes-autistes/

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