Peut-on vivre sans passé ?

Peut-on vivre sans passé ?

Quelle place le passé tient-il dans votre vie quotidienne ? Est-il un cocon dans lequel vous aimez vous réfugier, en vous laissant tenter par des expériences ou des aliments régressifs ? Ou, à l’inverse, associez-vous le passé à un poids que vous tentez d’oublier ? Vous ne voyez pas l’intérêt d’explorer votre histoire familiale et personnelle. Regarder en arrière vous semble inutile. Alors, quelle doit être notre relation au passé ? Analyse.

Vivre dans le passé

Êtes-vous passéiste ?

Nostalgiques des années 80, collectionneurs d’objets depuis l’enfance, certains d’entre nous vivent dans le passé. Pour Olivier Nunge, psychothérapeute :

Tout le monde n’a pas eu la possibilité de faire un juste apprentissage de ses émotions, c’est-à-dire de les recevoir et de les exprimer quand elles se présentent à lui.

C’est le passéisme : un attachement excessif au passé, qui peut fortement impacter la qualité de vie. En regardant ainsi vers l’arrière, les personnes passéistes restent bloquées dans un temps disparu. Elles entretiennent une nostalgie qui peut sembler sympathique au premier abord, comme le montre le succès des émissions, objets et collections vintage, mais qui nuit à leur développement personnel.

Retrouver d’anciennes connaissances ?

Internet et les réseaux sociaux participent à cet ancrage dans le passé. Nous pouvons aisément retrouver la trace d’anciennes connaissances. Les sites tels que copainsdavant ou trombi répondent à un besoin de renouer avec notre enfance ou notre adolescence. Est-ce positif ?

Revoir des personnes que l’on a côtoyées autrefois nous permet de mesurer le chemin parcouru. Nous constatons que nous avons évolué : nous sommes différents aujourd’hui. Celui ou celle que nous étions n’existe plus. Il faut parvenir à accepter notre identité actuelle, ce qui peut être douloureux pour certains d’entre nous, qui voudraient revenir en arrière.

Pourquoi est-ce difficile de se libérer du passé ?

Nous devons nous interroger sur cette difficulté à s’affranchir de notre passé. Selon la psychothérapeute Nicole Prieur :

Quitter une position infantile d’attente de consolation, c’est accepter la réalité de la perte et du manque.

Si nous idéalisons facilement le passé, c’est aussi parce que « dans l’effort de mémoire, notre inconscient se charge d’aller chercher ce qui est suffisamment acceptable pour nous et de laisser aux profondeurs ce qui ne l’est pas », comme l’affirme Patrick Estrade.

Personnellement, je suis partagée entre cette nostalgie du passé et une furieuse envie de tout jeter, de tout supprimer… allant même jusqu’à imaginer changer de nom. Avez-vous déjà connu cette envie de disparaître pour renaître dans une nouvelle identité, vierge de tout passé ?

Vivre sans passé : le passé est-il un poids ?

Comprendre son passé pour l’assimiler

Rejeter son passé n’est pas la solution.

On ne peut pas se libérer de son passé si l’on cherche à s’en débarrasser, répond Jacques André. Ou l’on se rendra vite compte que nous sommes toujours pris dans les mêmes histoires, les mêmes conflits, malgré tout.

Il faut trouver une position médiane : s’intéresser au passé pour le comprendre et l’assimiler, afin d’aboutir à un apaisement, tant personnel que familial.

L’objectif est de devenir « capable de voir non plus ce que nous n’avons pas reçu ou ce qui nous a fait souffrir, mais ce que nous avons reçu et ce qui nous a fait grandir », comme le propose Cyrinne Ben Mamou dans cette vidéo :

Pourquoi vous devez absolument vous occuper de vos blessures d’enfance ?

Vivre sans passé, c’est vivre sans racines

Le passé n’est pas un refuge, idéal, parfait, où l’on se cache pour ne pas affronter le présent. Il ne doit pas non plus devenir une prison où l’on reste enfermé, incapable de se projeter vers l’avenir.

Les photos, vidéos, documents… que nous conservons peuvent nous aider à travailler sur notre estime de soi, à retrouver une relation apaisée avec nous-mêmes. Le passé doit être intégré dans notre mémoire autobiographique, comme une part de notre histoire personnelle. Il peut devenir un outil, un filtre utile pour considérer avec le juste recul nos valeurs personnelles et familiales.

Les personnes ayant été adoptées peuvent avoir besoin de chercher leurs parents biologiques, pour savoir d’où elles viennent. Nos racines, comme celles des arbres, nous nourrissent et nous aident à grandir.

Accepter son passé en cas de traumatisme

Cette intégration du passé est particulièrement difficile à réaliser dans le cas de personnes traumatisées. Même si nous parvenons à le « digérer », à l’intégrer dans ma réalité actuelle, notre passé ne sera jamais léger. Il restera un poids dans notre histoire personnelle. Il faut avancer malgré les souvenirs douloureux et les expériences traumatisantes, qui reviennent sous forme de reviviscences ou de cauchemars tout au long du processus de rétablissement.

L’amnésie traumatique peut masquer les traumas pendant des mois, des années. Jusqu’au jour où un nouveau choc ouvre une brèche dans la conscience. Le passé remonte à la surface et ne pourra plus être occulté.

Une thérapie avec des professionnels est souvent nécessaire pour développer la résilience. Ils nous aident à faire la part des choses entre les angoisses anciennes et les événements actuels.

Finalement, notre relation au passé doit idéalement se situer entre deux extrêmes :

  • un attachement excessif (passéisme), qui nous bloque dans notre construction personnelle et nous empêche d’avancer vers l’avenir ;
  • une tendance à vouloir effacer le passé, l’oublier, pour ne pas évoquer des souvenirs négatifs, notamment en cas de traumatisme.

Il nous faut trouver un juste équilibre. Comprendre que le passé est utile : nous sommes ce que nous avons vécu. En acceptant notre histoire, personnelle et familiale, nous pouvons l’intégrer et faire des choix éclairés, pour être enfin alignés avec nos valeurs. Le présent est le fruit du passé.

Quel est votre rapport au passé ?
Avez-vous déjà fait une thérapie pour soigner vos blessures d’enfance ?

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Pour aller plus loin…

Articles de psychologies.com :
Le passé, refuge ou prison ?
Comment arrêter de vivre dans le passé

Vidéo de Cyrinne Ben Mamou :
Pourquoi vous devez absolument vous occuper de vos blessures d’enfance ?

Avez-vous hérité de traumatismes familiaux inconscients ?
Souffrez-vous de traumatisme ?

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10 réponses à “Peut-on vivre sans passé ?”

  1. Avatar de Latmospherique

    Le passé nous construit mais ne nous définit pas.
    Faire l’impasse c’est risquer de refouler. Le passé doit être guéri pour vivre le présent et envisager l’avenir.
    J’ai une certaine nostalgie en moi mais je sais aujourd’hui savourer ce qui se présente et voir le passé pour ce qu’il a été: un tremplin pour devenir qui je suis.
    Je sais ce que j’ai vécu, je sais qu’il y aura toujours quelque chose de cela en moi, toutefois je sais aussi que j’ai réussi à dépasser ça, à reprendre gout à la vie, à dépasser mes démons. La réussite est ce sur quoi je m’appuie pour avancer
    Merci pour le partage de ces réflexions fort intéressantes

  2. […] trace d’amis du lycée. Envie d’effacer le passé. J’en parle avec ma psy. Peut-on vivre sans passé ? Inscription sur instagram et sur […]

  3. Avatar de antho2007

    Excellent article !
    Merci pour l’intro…
    Belle journée à vous.
    Tony

    1. Avatar de Nina | Lune démasquée

      Merci de votre passage. Contente que l’article vous ait plu.

  4. Avatar de Nina | Lune démasquée

    Merci de votre passage. Contente que l’article vous ait plu.

  5. Avatar de Marie

    Le passé, je suis ancrée dedans. J’y plonge mes racines. Le positif me nourrit, même si l’absence fait mal parfois. Quant au négatif, j’ai fait le choix de le mettre dans une boîte – au grenier, à la cave, qu’importe. Juste tourner la page, sans rancunes.
    Ça m’a pris un peu de temps, mais le résultat est très confortable 🙂

    1. Avatar de Nina

      C’est une belle philosophie de vie. Pour ma part, j’ai encore beaucoup de travail pour accepter le négatif, qui s’est révélé depuis un an seulement. Mais j’y arriverai !

      1. Avatar de Marie

        Oui, je dois dire que ça n’a pas été sans mal. Ça a été un long chemin, même ! Mais le fait de bloguer m’y a beaucoup aidée.

  6. Avatar de Nina

    C’est une belle philosophie de vie. Pour ma part, j’ai encore beaucoup de travail pour accepter le négatif, qui s’est révélé depuis un an seulement. Mais j’y arriverai !

    1. Avatar de Marie

      Oui, je dois dire que ça n’a pas été sans mal. Ça a été un long chemin, même ! Mais le fait de bloguer m’y a beaucoup aidée.

  7. Avatar de Marie

    Oui, je dois dire que ça n’a pas été sans mal. Ça a été un long chemin, même ! Mais le fait de bloguer m’y a beaucoup aidée.

  8. Avatar de sandmayer

    Super article, vraiment !

    1. Avatar de Nina

      Merci 💙

  9. Avatar de Nina

    Merci 💙

  10. […] séance de TRE remue le passé, notamment si on a subi des violences physiques ou sexuelles. → Peut-on vivre sans passé ? Le titre du livre de Bessel Van der Kolk Le corps n’oublie rien trouve ici tout son sens. […]

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