[Texte] Hêtre ou ne pas être

Feuillage de hêtre
Photo Unsplash : Julia Weihe

Héloïse avançait d’un pas solennel. Le cœur serré, elle gravissait lentement la légère pente qui menait au massif, en goûtant la caresse du gazon sur ses chevilles et la fraîcheur du sol sous ses pieds nus.

Les couleurs chatoyantes des fleurs l’accueillirent. Le printemps éclatait là, en touches roses, parmes, fuschia… Si le nom des plantes échappait d’habitude à sa mémoire, celui-ci y resterait à jamais gravé : des azalées, avait-il dit.

La pelouse s’arrêtait en une ligne nette, frontière du parterre fleuri. Héloïse s’agenouilla. D’une main tremblante, elle écarta le feuillage de l’arbuste le plus proche. Elle sourit, soulagée. Il était là. Leur « arbrillon », comme il l’avait surnommé.

C’était une pousse frêle, cachée dans ce massif isolé des passants, au fond du jardin des plantes. Un tronc menu sur lequel s’étageaient trois brindilles. Héloïse admira la charpente ciselée. L’arbre avait vaillamment survécu à l’hiver. Quand les frimas l’avaient recouvert de cristaux nacrés, quand le gel avait glacé sa fragile écorce, il avait résisté, fier et droit. Le soleil printanier avait réveillé sa croissance. Timides bourgeons effilés, feuilles délicates, parure vert tendre. Il grandissait, épanoui.

En août, c’est Oscar qui l’avait repéré :
— Tu as vu le petit hêtre au pied des azalées ? Il est bien mignon, cet arbrillon !
Héloïse laissa son esprit voguer au gré des images du bonheur passé. Le déjeuner sur l’herbe, un jeu de corps-à-corps, mille baisers parfumés…
Oscar n’était plus là.

Sur un écran de larmes, l’arbrillon dansa pour elle.


Texte écrit en 2019, initialement publié sur Short Édition

[Texte] Plaisirs d’Orient

Pour le challenge écriture de la semaine, Marie Kléber nous a concocté une consigne bien corsée :

Je vous invite à écrire un texte à partir de la citation suivante de Christian Bobin: “Je m’allongerai sous tes paupières. Lorsque tu les baisseras pour t’endormir, je lancerai de l’or dans ton sommeil. De l’or et des songes pareils à des nuages”, en utilisant TOUS les mots suivants: sacre, sensualité, sucré, sensible, sublimation, solitude, saltimbanque, sagesse, sourires, secondes.

Dix mots à placer, un thème féerique… pour un texte onirique (j’avoue m’être fait plaisir à jouer avec les mots et à varier le vocabulaire, pour viser un lexique soutenu).

Photo Unsplash : Sharon Mc Cutcheon

Saltimbanque de tes rêves, je m’inviterai dans la solitude de tes nuits. Ensemble, nous voyagerons jusqu’aux confins de l’Orient pour assister au sacre de Shéhérazade.

Voilée d’azur et parée d’or, la princesse dansera pour nous en une parade fabuleuse, où grâce et sensualité viendront charmer nos sens. Ses sourires nacrés et ses longs cils papillonnants enivreront nos corps sensibles à la sublimation. Les vapeurs épicées et les effluves sucrés du buffet pantagruélique, alliés aux gorgées d’alcools rutilants, nous feront perdre le nord. Trouble langoureux. Transe extrême. Abandon. Extase suprême.

Après ces réjouissances, un bain tiède de lait d’ânesse où flotteront des pétales de roses écarlates nous apaisera. De longues secondes s’écouleront dans cette onde délassante. Le corps apaisé, les sens rassasiés, nous retrouverons la sagesse et regagnerons ton lit où je t’abandonnerai à la douceur du sommeil, qui te bercera jusqu’à l’aube.

[Texte] Traqué

Pour le challenge écriture de la semaine, Marie Kléber nous a proposé d’écrire un acrostiche. Voici mon texte.

Photo Unsplash : Randy Fath

Traqué

Les chiens aboient, agressifs, et détalent entre arbres et fougères

Hommes en colère, fusils au côté, cris, battue

Naissent la rage, la vengeance, l’appel du sang

Et devant la proie encerclée, tapie au sol, l’exaltation atteint son paroxysme

Demeurent deux inconnues : le choix du bourreau et la peine encourue

Libres d’infliger les pires sévices, torture, fer rouge, mutilation

Et d’ôter la vie à cet esclave marron évadé dans la forêt

Égaux sont la haine et la terreur pour étouffer la vie


Le premier mot de chaque ligne provient de l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, adoptée le 26 août 1789. L’esclavage, aboli une première fois dans les territoires français en 1794, fut rétabli par Napoléon en 1802.

Si la traite négrière fut supprimée en 1815, l’esclavage dans les colonies perdura encore de nombreuses années. Il faudra attendre le 27 avril 1848 pour qu’un nouveau décret d’abolition soit voté et signé par le gouvernement, suite au combat de Victor Schlœcher. 250 000 esclaves furent alors émancipés.

Afin de sensibiliser les élèves de CM2 sur ce thème sensible, je travaillais avec eux sur trois textes documentaires que j’avais rédigés. Pour comprendre l’essentiel sur cette page douloureuse de L’Histoire.

[Texte] Café ou chocolat ?

Photo Unsplash : Nathan Dumlao

Le dialogue que vous allez lire a été écrit dans le cadre du challenge écriture #22 rproposé par Marie Kléber, à partir de cette photo :

Crédit MK
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