[Chronique] Au jardin des plantes

Ce matin, j’avais une petite heure devant moi, en attendant ma fille qui était en rendez-vous médical. Mes pas m’ont menée jusqu’au jardin des plantes.

J’ai marché lentement dans les allées ombragées, savourant la fraîcheur apportées par les arbres.

Le vent jouait dans les mobiles en bambou suspendus aux branches basses.

L’eau d’une petite cascade est venue caresser mon oreille. J’ai pensé à mon dessin sur les 4 éléments.

Plus loin, les massifs bordant les talus enherbés m’ont rappelé un texte écrit l’an dernier : Hêtre ou ne pas être. Je me demande ce qu’Héloïse est devenue. A-t-elle fait son deuil ? Il y a des personnages qu’on a envie de retrouver.

Cette courte promenade au jardin des plantes fut une belle parenthèse de calme, de solitude positive et de poésie. Un instant de vie slow, hors du temps, comme j’aimerais en vivre davantage. Je vais ralentir, cet été.

Et vous, avez-vous envie de prendre le temps de savourer des petits bonheurs simples ?

[Texte] Hêtre ou ne pas être

Feuillage de hêtre
Photo Unsplash : Julia Weihe

Héloïse avançait d’un pas solennel. Le cœur serré, elle gravissait lentement la légère pente qui menait au massif, en goûtant la caresse du gazon sur ses chevilles et la fraîcheur du sol sous ses pieds nus.

Les couleurs chatoyantes des fleurs l’accueillirent. Le printemps éclatait là, en touches roses, parmes, fuschia… Si le nom des plantes échappait d’habitude à sa mémoire, celui-ci y resterait à jamais gravé : des azalées, avait-il dit.

La pelouse s’arrêtait en une ligne nette, frontière du parterre fleuri. Héloïse s’agenouilla. D’une main tremblante, elle écarta le feuillage de l’arbuste le plus proche. Elle sourit, soulagée. Il était là. Leur « arbrillon », comme il l’avait surnommé.

C’était une pousse frêle, cachée dans ce massif isolé des passants, au fond du jardin des plantes. Un tronc menu sur lequel s’étageaient trois brindilles. Héloïse admira la charpente ciselée. L’arbre avait vaillamment survécu à l’hiver. Quand les frimas l’avaient recouvert de cristaux nacrés, quand le gel avait glacé sa fragile écorce, il avait résisté, fier et droit. Le soleil printanier avait réveillé sa croissance. Timides bourgeons effilés, feuilles délicates, parure vert tendre. Il grandissait, épanoui.

En août, c’est Oscar qui l’avait repéré :
— Tu as vu le petit hêtre au pied des azalées ? Il est bien mignon, cet arbrillon !
Héloïse laissa son esprit voguer au gré des images du bonheur passé. Le déjeuner sur l’herbe, un jeu de corps-à-corps, mille baisers parfumés…
Oscar n’était plus là.

Sur un écran de larmes, l’arbrillon dansa pour elle.


Texte écrit en 2019, initialement publié sur Short Édition