[Texte] État d’urgence

Pour le Challenge écriture #20 lancé par Marie Kléber, j’ai choisi trois mots évoqués par ce collage :

Œuvre originale : Marie Kléber (& Fils)

Mes trois mots sont : mixité, colère, nature. À partir de ces mots a germé l’idée d’un texte (un peu) futuriste.

Note de l’autrice : Toute coïncidence avec une situation existant ou ayant existé serait purement fortuite…

État d’urgence

— « Pour cette édition spéciale, le professeur Charlie C19-243 est notre invité. Il souhaite s’exprimer au nom de la communauté scientifique pour dénoncer les choix politiques de ces dernières années. C’est bien cela, professeur ?

— Tout à fait ! Suite à la crise du pangolin hermaphrodite, les chercheurs en ethnologie animale, dont je fais partie, sont indignés ! Je veux exprimer, une nouvelle fois, nos mises en garde. Ce que nous vivons est logique : à trop vouloir nier la mixité, à trop essayer d’uniformiser le monde, nous avons anéanti la biodiversité !

— Pouvez-vous détailler votre propos pour nos auditeurs, professeur ?

— Comme vous le savez, le fonctionnement binaire a été rejeté par les citoyens lors de la Révolution Bleue. Au nom de la liberté individuelle, chacun a décidé de s’isoler. Ce fut une grave erreur que nous, scientifiques, avons dénoncé à l’époque. Malheureusement, nos instances dirigeantes ont entériné cette évolution en votant à l’unanimité pour le protocole sanitaire qui a conforté ce nouveau modèle de société. Tous pareils ! Tous unisexes ! Distanciation, disparition des genres mâle et femelle, stérilisation, inclusion, reproduction par clonage ou scissiparité. Nous avons joué avec la nature. Et nous payons aujourd’hui le prix de nos erreurs. Je vous le dis clairement : l’espèce humaine est menacée ! Les prévisions sont très pessimistes : tous les modèles statistiques prévoient une disparition complète de l’Humain d’ici 30 ans.

— Que propose la communauté scientifique pour ralentir, voire inverser, ce processus ?

— Les chercheurs, toutes spécialités confondues, veulent exprimer leur ras-le-bol face à l’inaction du Pouvoir. Vous l’avez compris : nous sommes en colère ! Ça fait des années que nous lançons des alertes que les dirigeants et les médias balayent d’un simple revers de la main. Cette colère doit devenir notre moteur pour une nouvelle révolution, un sursaut scientifique pour sauver l’espèce. La solution est simple : il nous faut revenir au système binaire. Et vite !

— Le système binaire ? Euh… Vous voulez dire la reproduction sexuée ? Comme à l’ère pré-numérique, quand les humains se… touchaient ?

— Oui. La reproduction sexuée qui, je vous le rappelle, peut s’effectuer par fécondation in vitro, en laboratoire. Même si nous, scientifiques, pensons qu’il faut revenir à l’accouplement fondamental, par contact et fusion de gamètes in vivo, un processus bien plus rapide et efficace.

— Hum ! C’est une possibilité que peu de nos auditeurs sont prêts à envisager, j’imagine. De toute façon, nous avons perdu le… comment dire…

 — Le mode d’emploi, vous voulez dire ? Nous y avons réfléchi, bien sûr. Il existe une solution.

— Laquelle ?

— Retrouvons les Autochtones ! Eux seuls possèdent encore la clé de ce savoir ancestral. Eux seuls peuvent nous aider à retrouver des relations authentiques, des contacts sains et un mode de reproduction naturel qui nous permettra de sauver Homo sapiens.

[Poésie] Garden party

Dans le cadre du Challenge écriture #19 lancé par Marie Kléber, j’ai écrit un court poème, un triolet.

Photo Unsplash : Randy Fath

Garden party

Les cigales chantent avant la nuit

Dans le jardin, les enfants crient

Barbecue, dîner entre amis

Les cigales chantent avant la nuit

Les verres scintillent, le vin est gai

Mots, sourires, plaisirs du palais

Les cigales chantent avant la nuit

Dans le jardin, les enfants crient