Rayons de lune #21-03

Que s’est-il passé en mars ? Psycho, fin d’hiver et cartes mentales. Un mois que je redoutais et que je suis heureuse de voir se terminer.

Photo Unsplash : Ganapathy Kumar

Cauchemars et insomnies

Le mois de mars est, depuis quelques années, un mois difficile à vivre pour moi. J’attribue cela à la sortie d’hiver. Mon corps est fatigué, la météo est encore fraîche et, même si les jours rallongent doucement, on ne se sent pas encore au printemps. Cela va mieux après le changement d’heure, fin mars, car les soirées sont plus longues, les températures ont tendance à remonter et la nature, en avril, sort de son sommeil hivernal.

Ce mois de mars n’a donc pas échappé à la règle. J’avoue que je l’ai abordé avec un peu d’anxiété. Je me disais qu’il ne fallait surtout pas que je m’arrête (car tout arrêt de travail serait pour moi un échec, un doigt dans l’engrenage qui peut mener à une lente descente aux enfers, comme je l’ai déjà si souvent vécu). J’avais peur de tomber malade. Et surtout j’ai tiré peu de bénéfice des vacances d’hiver, qui se sont terminées le 8 mars et se sont avérées plus fatigantes que reposantes.

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[Texte] Vole, Louise, vole !

Pour le challenge écriture de la semaine, Marie Kléber nous proposait d’écrire à partir d’une image. Après avoir longuement regardé cette image et laissé les mots se poser en vrac sur le papier, j’ai réglé le minuteur de mon téléphone sur 10 minutes. J’avais 10 minutes devant moi. 10 minutes d’écriture libre, pour rédiger un texte spontané. Que j’ai ensuite légèrement retravaillé. Le voici.

Photographie : Marie Kléber

Sur le parvis de l’église, Léa rejoint son amie. Elles s’assoient sur le marches côté sud, face à la fontaine. L’ample bâtiment du XVème siècle semble peser sur leurs épaules, comme pour les écraser du poids de l’Histoire. Combien de baptêmes, de mariages et d’enterrements ont été célébrés sous ses voûtes ?

Léa est loin de ces considérations. Elle retire son écouteur droit et le glisse dans l’oreille de Louise. Une symphonie de notes retentit, bientôt suivie par les paroles d’un slameur inconnu. L’eau de la fontaine jaillit.

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Rayons de lune #21-01

Que s’est-il passé en janvier ? Agenda 2021, blog et journal intime. Réflexions sur l’écriture. Lectures.

Perspective ● 27 janvier

Début d’année rime avec s’organiser. En ce mois de janvier, je me suis interrogée sur ce blog, mon agenda et mon journal intime. Comment coordonner les trois pour garder trace et mieux m’organiser ?

Mon agenda : my 2021

Pour la deuxième année, j’ai acheté un agenda écologique My 365. S’il me permet de noter à l’avance mes rendez-vous quotidiens, j’utilise avant tout My 2021 comme un support de bilan pour garder trace de ce que j’ai fait dans la journée.

J’aime beaucoup ses trackers mensuels, personnalisables, qui m’aident à suivre au jour le jour mon activité physique et ma santé. Et il y a également le petit rond quotidien, que je colorie en vert, jaune ou orange chaque soir.

Fin décembre, j’ai rempli les pages Mon bilan en répondant aux 5 questions sur l’année 2020 : Qu’est-ce qui a bien fonctionné ? Qu’est-ce que j’en tire comme apprentissage ? Quels sont les ingrédients essentiels qui contribuent à mon épanouissement ? Qu’est-ce qui a besoin d’être amélioré ? Quelles sont les actions concrètes que je choisis de mettre en place ?

Mix entre agenda et bullet journal, My 2021 propose des pages pour définir des objectifs pour l’année, un projet de vie dans 5 ans (ça, j’en suis incapable à l’heure actuelle), des défis mensuels…

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[Texte] Hêtre ou ne pas être

Feuillage de hêtre
Photo Unsplash : Julia Weihe

Héloïse avançait d’un pas solennel. Le cœur serré, elle gravissait lentement la légère pente qui menait au massif, en goûtant la caresse du gazon sur ses chevilles et la fraîcheur du sol sous ses pieds nus.

Les couleurs chatoyantes des fleurs l’accueillirent. Le printemps éclatait là, en touches roses, parmes, fuschia… Si le nom des plantes échappait d’habitude à sa mémoire, celui-ci y resterait à jamais gravé : des azalées, avait-il dit.

La pelouse s’arrêtait en une ligne nette, frontière du parterre fleuri. Héloïse s’agenouilla. D’une main tremblante, elle écarta le feuillage de l’arbuste le plus proche. Elle sourit, soulagée. Il était là. Leur « arbrillon », comme il l’avait surnommé.

C’était une pousse frêle, cachée dans ce massif isolé des passants, au fond du jardin des plantes. Un tronc menu sur lequel s’étageaient trois brindilles. Héloïse admira la charpente ciselée. L’arbre avait vaillamment survécu à l’hiver. Quand les frimas l’avaient recouvert de cristaux nacrés, quand le gel avait glacé sa fragile écorce, il avait résisté, fier et droit. Le soleil printanier avait réveillé sa croissance. Timides bourgeons effilés, feuilles délicates, parure vert tendre. Il grandissait, épanoui.

En août, c’est Oscar qui l’avait repéré :
— Tu as vu le petit hêtre au pied des azalées ? Il est bien mignon, cet arbrillon !
Héloïse laissa son esprit voguer au gré des images du bonheur passé. Le déjeuner sur l’herbe, un jeu de corps-à-corps, mille baisers parfumés…
Oscar n’était plus là.

Sur un écran de larmes, l’arbrillon dansa pour elle.


Texte écrit en 2019, initialement publié sur Short Édition

[Texte] Plaisirs d’Orient

Pour le challenge écriture de la semaine, Marie Kléber nous a concocté une consigne bien corsée :

Je vous invite à écrire un texte à partir de la citation suivante de Christian Bobin: “Je m’allongerai sous tes paupières. Lorsque tu les baisseras pour t’endormir, je lancerai de l’or dans ton sommeil. De l’or et des songes pareils à des nuages”, en utilisant TOUS les mots suivants: sacre, sensualité, sucré, sensible, sublimation, solitude, saltimbanque, sagesse, sourires, secondes.

Dix mots à placer, un thème féerique… pour un texte onirique (j’avoue m’être fait plaisir à jouer avec les mots et à varier le vocabulaire, pour viser un lexique soutenu).

Photo Unsplash : Sharon Mc Cutcheon

Saltimbanque de tes rêves, je m’inviterai dans la solitude de tes nuits. Ensemble, nous voyagerons jusqu’aux confins de l’Orient pour assister au sacre de Shéhérazade.

Voilée d’azur et parée d’or, la princesse dansera pour nous en une parade fabuleuse, où grâce et sensualité viendront charmer nos sens. Ses sourires nacrés et ses longs cils papillonnants enivreront nos corps sensibles à la sublimation. Les vapeurs épicées et les effluves sucrés du buffet pantagruélique, alliés aux gorgées d’alcools rutilants, nous feront perdre le nord. Trouble langoureux. Transe extrême. Abandon. Extase suprême.

Après ces réjouissances, un bain tiède de lait d’ânesse où flotteront des pétales de roses écarlates nous apaisera. De longues secondes s’écouleront dans cette onde délassante. Le corps apaisé, les sens rassasiés, nous retrouverons la sagesse et regagnerons ton lit où je t’abandonnerai à la douceur du sommeil, qui te bercera jusqu’à l’aube.

[Texte] Traqué

Pour le challenge écriture de la semaine, Marie Kléber nous a proposé d’écrire un acrostiche. Voici mon texte.

Photo Unsplash : Randy Fath

Traqué

Les chiens aboient, agressifs, et détalent entre arbres et fougères

Hommes en colère, fusils au côté, cris, battue

Naissent la rage, la vengeance, l’appel du sang

Et devant la proie encerclée, tapie au sol, l’exaltation atteint son paroxysme

Demeurent deux inconnues : le choix du bourreau et la peine encourue

Libres d’infliger les pires sévices, torture, fer rouge, mutilation

Et d’ôter la vie à cet esclave marron évadé dans la forêt

Égaux sont la haine et la terreur pour étouffer la vie


Le premier mot de chaque ligne provient de l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, adoptée le 26 août 1789. L’esclavage, aboli une première fois dans les territoires français en 1794, fut rétabli par Napoléon en 1802.

Si la traite négrière fut supprimée en 1815, l’esclavage dans les colonies perdura encore de nombreuses années. Il faudra attendre le 27 avril 1848 pour qu’un nouveau décret d’abolition soit voté et signé par le gouvernement, suite au combat de Victor Schlœcher. 250 000 esclaves furent alors émancipés.

Afin de sensibiliser les élèves de CM2 sur ce thème sensible, je travaillais avec eux sur trois textes documentaires que j’avais rédigés. Pour comprendre l’essentiel sur cette page douloureuse de L’Histoire.

[Texte] Café ou chocolat ?

Photo Unsplash : Nathan Dumlao

Le dialogue que vous allez lire a été écrit dans le cadre du challenge écriture #22 rproposé par Marie Kléber, à partir de cette photo :

Crédit MK
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[Texte] La vie d’après

Écriture intuitive ou journal ?

Le jardin bruisse, le ruisseau coule, les insectes stridulent. Je prenais les fleurs en photo quand l’appareil s’est retourné. Selfie involontaire. J’ai longtemps regardé ce cliché. Je m’habitue peu à peu à mon visage émacié par l’anémie, mes nouvelles lunettes… et ma superbe non-coupe de cheveux post-confinement. J’ai hâte de retourner chez la coiffeuse.

Retrouver la vie d’avant. Avant le confinement, avant le virus, avant la crise sanitaire. Aller voir la mer. Vivre comme si tout ça n’existait pas. Marcher sur le sable. Deuxième vague ? Relâchons nos efforts et nous laisserons aux petits grands méchants toute latitude pour venir nous contaminer. Contaminer tous ces invulnérables qui sortent à visage découvert. La petite bête tuera-t-elle la grosse ?

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[Texte] État d’urgence

Pour le Challenge écriture #21 lancé par Marie Kléber, j’ai choisi trois mots évoqués par ce collage :

Œuvre originale : Marie Kléber (& Fils)

Mes trois mots sont : mixité, colère, nature. À partir de ces mots a germé l’idée d’un texte (un peu) futuriste.

Note de l’autrice : Toute coïncidence avec une situation existant ou ayant existé serait purement fortuite…

État d’urgence

— « Pour cette édition spéciale, le professeur Charlie C19-243 est notre invité. Il souhaite s’exprimer au nom de la communauté scientifique pour dénoncer les choix politiques de ces dernières années. C’est bien cela, professeur ?

— Tout à fait ! Suite à la crise du pangolin hermaphrodite, les chercheurs en ethnologie animale, dont je fais partie, sont indignés ! Je veux exprimer, une nouvelle fois, nos mises en garde. Ce que nous vivons est logique : à trop vouloir nier la mixité, à trop essayer d’uniformiser le monde, nous avons anéanti la biodiversité !

— Pouvez-vous détailler votre propos pour nos auditeurs, professeur ?

— Comme vous le savez, le fonctionnement binaire a été rejeté par les citoyens lors de la Révolution Bleue. Au nom de la liberté individuelle, chacun a décidé de s’isoler. Ce fut une grave erreur que nous, scientifiques, avons dénoncé à l’époque. Malheureusement, nos instances dirigeantes ont entériné cette évolution en votant à l’unanimité pour le protocole sanitaire qui a conforté ce nouveau modèle de société. Tous pareils ! Tous unisexes ! Distanciation, disparition des genres mâle et femelle, stérilisation, inclusion, reproduction par clonage ou scissiparité. Nous avons joué avec la nature. Et nous payons aujourd’hui le prix de nos erreurs. Je vous le dis clairement : l’espèce humaine est menacée ! Les prévisions sont très pessimistes : tous les modèles statistiques prévoient une disparition complète de l’Humain d’ici 30 ans.

— Que propose la communauté scientifique pour ralentir, voire inverser, ce processus ?

— Les chercheurs, toutes spécialités confondues, veulent exprimer leur ras-le-bol face à l’inaction du Pouvoir. Vous l’avez compris : nous sommes en colère ! Ça fait des années que nous lançons des alertes que les dirigeants et les médias balayent d’un simple revers de la main. Cette colère doit devenir notre moteur pour une nouvelle révolution, un sursaut scientifique pour sauver l’espèce. La solution est simple : il nous faut revenir au système binaire. Et vite !

— Le système binaire ? Euh… Vous voulez dire la reproduction sexuée ? Comme à l’ère pré-numérique, quand les humains se… touchaient ?

— Oui. La reproduction sexuée qui, je vous le rappelle, peut s’effectuer par fécondation in vitro, en laboratoire. Même si nous, scientifiques, pensons qu’il faut revenir à l’accouplement fondamental, par contact et fusion de gamètes in vivo, un processus bien plus rapide et efficace.

— Hum ! C’est une possibilité que peu de nos auditeurs sont prêts à envisager, j’imagine. De toute façon, nous avons perdu le… comment dire…

 — Le mode d’emploi, vous voulez dire ? Nous y avons réfléchi, bien sûr. Il existe une solution.

— Laquelle ?

— Retrouvons les Autochtones ! Eux seuls possèdent encore la clé de ce savoir ancestral. Eux seuls peuvent nous aider à retrouver des relations authentiques, des contacts sains et un mode de reproduction naturel qui nous permettra de sauver Homo sapiens.