S’oublier soi-même pour oser être soi ?

Ce début de mois d’avril m’a entrainée dans une tempête d’activité professionnelle. Stress du télétravail. Retour sur dix jours d’activité intense pendant lesquels j’ai perdu le cap.

Photo Unsplash : Maximilian Weisbecker

Le 31 mars, j’écrivais dans mes Rayons de lune que j’ignorais ce qu’avril nous réservait. Le soir-même, nous apprenions que nous allions être confinés. Écoles fermées, apprentissages en distanciel… J’allais me trouver confrontée à cette réalité que je n’avais pas connu en 2020, étant alors en arrêt pour burn out.

Il a fallu faire des choix pour organiser la classe à distance. J’ai géré l’urgence. Pris des décisions le soir pour le lendemain, contacté les parents d’élèves rapidement, réfléchi à ce que les élèves devaient emporter le vendredi soir dans leurs cartables pour ces trois jours de travail en famille, loin de la classe. Deux jours après, je me lançais dans un projet un peu fou, basé sur le numérique, dont j’ai raconté tous les aspects professionnels dans un article intitulé École à la maison = pêche aux poissons.

Moi et les autres : l’inévitable comparaison

Le stress de cette situation inédite a ravivé mes démons. Le jeudi 1er après la classe, j’étais en stress total avec une question : comment les autres faisaient-ils ? Une de mes collègues, isolée chez elle (cas contact), venait d’envoyer à sa remplaçante des dizaines de fiches à photocopier pour les élèves, avec un programme détaillé pour chacune des trois journées.

Je me suis dit : comment faire aussi bien ?

Je n’avais qu’une soirée pour tout organiser. J’étais épuisée, j’avais peu dormi. Le mois de mars avait été dur. Je me suis effondrée, découragée par cette montagne à gravir. Jamais je ne serai capable de planifier ces journées. Jamais je ne parviendrai à organiser en quelques heures trois jours de travail pour deux niveaux de classe, moi qui prépare toujours ma classe à l’arrache la veille au soir, voire le matin au réveil.

A nouveau, je me retrouvais confrontée à ce que je pourrais appeler mon inaptitude à anticiper. Fatigue, manque de concentration, difficulté à planifier… depuis le burn out, je gère au jour le jour, sans parvenir à prendre de l’avance dans mon travail ni à établir des progressions claires, moi qui étais auparavant la reine de l’organisation.

Pourquoi tout semble-t-il si simple pour les autres ? Comment font-ils ? J’ai eu une longue discussion avec la remplaçante de ma collègue qui, de par son statut, est amenée à voir de multiples fonctionnements de classe. Elle m’a rassurée. Elle m’a donné le courage de m’affirmer. Grâce à elle, j’ai compris que ma façon de faire n’était pas pire que celle des autres, que ma façon de faire était juste DIFFÉRENTE. Il fallait juste que je me fasse confiance.

Oser affirmer ses valeurs

Dans la nuit du jeudi au vendredi, il y a eu un déclic. Le vendredi matin, j’étais sur le pont, prête à me lancer dans une grande aventure. J’allais enfin laisser parler ma créativité. J’avais une idée, un projet… que je comptais bien réaliser pendant cette semaine. J’allais mettre à profit ces journées différentes pour proposer quelque chose de nouveau, un fonctionnement qui me ressemblerait.

J’allais utiliser les compétences de mes élèves pour les amener à travailler seuls. J’allais organiser une grande pêche aux poissons, avec un système d’ateliers auto-correctifs. On pourrait trouver ça ridicule. Peu m’importait. Donner des dizaines de photocopies et un programme détaillé puis laisser les élèves se débrouiller, ce n’était pas ma façon de faire. Chacun fait ses choix. J’allais faire les miens. Utiliser le numérique, créer, avancer.

Je vous passe le détail pédagogique, que j’ai développé dans l’autre article.

Cette semaine a été très chargée, stressante. J’ai découvert le télétravail, cette situation qui ne permet plus de mettre de limites entre vie professionnelle et vie privée. En tant qu’enseignante, je suis habituée à travailler chez moi pour préparer la classe. Mais là, c’était différent. Mardi, jeudi et vendredi, les élèves et leurs parents étaient connectés. Je devais répondre à leurs demandes, s’il y en avait. Être présente. Créer du lien. Faire avancer notre bateau École à la maison.

Être tendue vers l’objectif à atteindre

J’en ai certainement trop fait. Je me suis oubliée moi-même, tendue vers l’objectif, disponible corps et âme pour ce projet que je voulais réussir. Je me suis couchée tard, très tard (deux heures du matin, lundi et mercredi). J’ai passé trois après-midis dans la classe pour y filmer mes séquences. J’ai appris le montage vidéo et utilisé de nombreux outils numériques. Ce fut dense, riche, intense et très formateur.

Cela m’a rappelée l’écriture de mon premier roman, en 2018. Ces journées sur l’ordinateur, ces nuits courtes, cette tension permanente, source d’énergie créative. Ce flow qui coule dans mes veines, me donne mille idées à la minute, me pousse à me dépasser, un peu, beaucoup, pour aller toujours plus loin.

C’est gratifiant. Les élèves ont été présents, certains parents m’ont remerciée. Je suis contente d’avoir réussi à leur proposer ce projet qui me ressemble, d’avoir réussi à concevoir tous les outils que je voulais mettre à leur disposition.

Respecter son corps

Mon corps, lui, est moins heureux. Il me crie depuis plusieurs jours qu’il est temps de lâcher-prise et de prendre du repos. Alors, vendredi soir, quand les vacances sont arrivées, quand la corde s’est distendue, quand mon cerveau m’a fait comprendre qu’il n’avait plus de ressources ni pour lire, ni pour écrire, j’ai décidé de faire du stretching.

Et là, ce fut TRÈS douloureux. Tensions, douleurs, courbatures… J’ai réalisé que je n’avais pas fait de stretching depuis deux semaines. Que je m’étais totalement oubliée moi-même. Que mon corps avait suivi bon gré mal gré le mouvement imposé par mon esprit. Que je m’étais réfugiée dans mon cerveau pour un travail purement intellectuel, négligeant le reste. TOUT le reste.

Le bilan de ces dix premiers jours d’avril est donc mitigé. J’ai atteint mon objectif, j’ai progressé dans l’affirmation de mes valeurs, j’ai osé me mettre en lumière (en faisant des vidéos dans lesquelles on entend ma voix… ce qui était pour moi un immense défi). Et, en parallèle, j’ai retrouvé cette tendance à nier mon corps, à manger sans appétit, à vivre percluse de courbatures… telle que je vivais avant. Les mauvaises habitudes reviennent vite, malheureusement.

Je m’interroge donc maintenant : le stress est-il nécessaire pour avancer dans la croissance post-traumatique ? Aurais-je réussi à développer un tel projet si j’avais respecté le rythme imposé par mon corps épuisé ? Réussirai-je un jour à concilier détente et efficacité ? Le chemin vers l’équilibre est semé d’embûches…

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous, vous aussi, puisé dans vos forces et négligé votre corps pour mener à bien un projet important ?

10 réflexions sur “S’oublier soi-même pour oser être soi ?

  1. L’équilibre, je crois que c’est quelque chose de compliqué et que ça ne vient pas tout de suite, qu’il faut se donner le temps d’y arriver Nina.
    Déjà tu as pris conscience de ça.
    Là, tu as fait un énorme travail pour tes élèves. Et c’est top, tu as su t’affirmer et créer quelque chose qui te parlait.
    Je pense qu’une fois qu’on a posé les bases de ce qui est important, on arrive mieux à jongler entre les différents aspects de nos vies.
    Peut-être que s’oublier soi-même ouvre une porte pour être soi. Comme un premier palier. Et puis ensuite Il est important de revenir à soi. Parce que s’oublier à long terme, on le sait toi comme moi que c’est mauvais. Et qu’on ne peut pas vivre de cette manière, même si je reconnais que c’est tentant. Je le fais encore très souvent.

    Je t’embrasse Nina et que ces prochains jours te permettent de retrouver tes bases. Essentielles.

    1. Merci Marie 💚
      Tu as raison : il peut être utile de s’oublier quelque temps pour s’affirmer, se donner à fond dans un projet. Mais il faut revenir à soi.
      Je pense que toute situation de déséquilibre, de stress intense ravive les mécanismes du traumatisme, ces habitudes qu’il est si simple de retrouver. En sortir est un travail de longue haleine.
      Je vais reprendre ma progression cette semaine, quand je serai apaisée.
      Bises

  2. Hello Nina,

    Je n’aurai pas répondu mieux que Marie !

    Vivant, subissant plutôt, l’état de stress post-traumatique, je te rejoins, oui en effet, toute situation de déséquilibre et surtout de stress intense ravive les mécanismes du traumatisme.

    Pour ma part, je ne suis plus pour les médicaments, cependant, en fonction des périodes de stress que je vis et qui me rendent extrêmement mal, je reprends des anxiolytiques. Hormis le fait que ces médicaments calme mon stress, ils permettent à mon corps de récupérer de cette fatigue intense provoquée par le stress.

    On fait au mieux Nina, il ne faut pas culpabiliser. Moi je te félicite car tu avances vers la guérison !

    A très bientôt !

    1. Merci Sand pour ton soutien 💚
      Oui, on fait au mieux.
      Pour ma part, j’arrive à éviter les médicaments grâce à l’hypnose, qui me permet de m’apaiser psychiquement quand je rumine ou angoisse trop et de me détendre physiquement.
      Chacun(e) doit trouver les solutions qui lui conviennent. Ma fille s’est mise au yoga. Il faudrait que j’essaie. La nature et le grand air m’aident aussi à être plus connectée au réel.
      Bref, ce n’est pas simple mais on avance, chacun(e) à son rythme.
      Ton taroscope de cette semaine est lumineux et positif. J’espère que cette nouvelle lune nous apportera un regain d’énergie et de belles perspectives pour la suite de ce mois d’avril.
      Bonne semaine, Sand 🔆

  3. Oui le plein air me fait du bien et les séances de hiit sont un atout majeur chez moi pour évacuer le stress !
    Comme tu l’écris si bien, chacune doit trouver le petit truc qui l’apaise !

    Concernant le taroscope, je ressens bien ces énergies ! Je me sens positive et boostée mais comme chez nous tout est cyclique, j’en profite avant que ça change lol ( l faut en rire parfois, ça fait du bien l’autodérision )

    Je te fais de gros bisous Nina ! Merci infiniment pour tous nos échanges !

  4. Bonjour Nina,

    Encore un bel article où ton témoignage n’est pas vain.

    Je n’en démords pas que revenir au corps quotidiennement, sans excuse, est la base de tout le reste. Et c’est aussi ce qu’il y a de plus difficile, s’en tenir à cette routine du « soi avec soi » peut importe les circonstances extérieures. Le monde pourrait bien s’écrouler que ce moment privilégié devrait toujours avoir lieu …

    Bonne semaine ☀

    1. Bonjour Johan,
      je dois encore progresser sur cet aspect : installer des routines de « retour à soi » et m’y tenir, quelles que soient les circonstances. J’y travaille, notamment grâce aux conseils de cette vidéo : https://youtu.be/ocG_8_nEpyM
      J’ai encore du mal à analyser mes valeurs et mes souhaits pour le futur.
      Quelles sont les routines que tu as adoptées ?

      1. Merci pour ta vidéo ! Je vais aller regarder cela de plus près. J’ai beaucoup fait de yoga et de taïchi en groupe car la dynamique collective est un moteur dans ma routine. Malheureusement, avec la période que nous connaissons, le fait de le faire seul a éfiloché ma régularité et ma discipline. Si quelqu’un a la recette magique … 😀

      2. Il est difficile, en effet, de rester aussi motivés et réguliers quand nos activités collectives sont annulées.
        Je n’ai pas de solution à te proposer, à part, peut être, utiliser un tracker pour suivre ta routine, noter les jours où tu as pratiqué (en individuel, donc) telle ou telle activité.
        Mon tracker m’aide à faire un bilan en fin de mois et à définir les points à améliorer pour le mois suivant. Car les jours défilent très vite et on peut vite laisser passer 1 à 2 semaines sans pratiquer.

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