Traumatisme et résilience (suite)

De nombreuses personnes sont traumatisées sans en avoir conscience. Quelles sont les caractéristiques du traumatisme ? Dans quels pièges cet état peut-il nous faire tomber ? Éclairage.

Photo Unsplash : Dmitry Ratushny

Comme je vous l’expliquais dans cet article, le traumatisme est un état de stress chronique physiologique qui se met en place après un trauma. Il faut bien dissocier le trauma, événement déclencheur initial, ayant entraîné une réaction de survie face à un danger, du traumatisme, mode de fonctionnement physiologique qui s’installe dans la durée et impacte de nombreux aspects de votre vie.

Pour sortir du traumatisme, il faut déjà prendre conscience de son existence. Comment savoir si vous souffrez de traumatisme ? Quelques indices peuvent vous alerter :

  • Vous vivez des échecs récurrents dans un ou plusieurs domaines de votre vie (amour, travail, famille, amis…)
  • Vous évitez certaines situations sociales
  • Vous avez une peur excessive face à certaines situations de la vie ordinaire
  • Vous avez des troubles physiques ou des douleurs inexpliqués

Je vous fais ici un résumé de la vidéo #2 de Cyrinne Ben Mamou, docteur en neurosciences, conférencière et thérapeute. Si vous pensez être concerné(e) par le traumatisme, je vous encourage à aller voir la vidéo qui est vraiment bien faite, avec de nombreux schémas explicatifs.

5 caractéristiques du traumatisme

  1. Le traumatisme entraîne des perturbations somatiques. Le corps est en état d’alerte permanente. Il met en place des cuirasses défensives, localisées ou générales : système musculosquelettique, posture, respiration, cœur et circulation sanguine, transit, système urinaire, voies nerveuses, équilibre hormonal, vigilance… Les personnes traumatisées souffrent de symptômes dont on peine à trouver l’origine et qui leur gâchent la vie au quotidien (symptômes somatiques, émotionnels, relationnels, cognitifs…) Mais il peut y avoir également une distanciation somatique : moins sentir pour moins souffrir, comme une sorte d’anesthésie du rapport à soi et à son corps.
  2. L’hypervigilance. Si vous souffrez de traumatisme, vous avez certainement tendance à anticiper les dangers éventuels et vous avez une méfiance excessive vis-à-vis des autres ou de certaines situations.
  3. De ces deux premières caractéristiques découle la troisième : l’anxiété. Le stress chronique et l’hypervigilance contaminent la pensée par des états anxieux. Ces états anxieux sont difficilement contrôlables tant que la racine du traumatisme n’a pas été traitée. Vouloir combattre l’anxiété en agissant sur des facteurs externes, c’est comme si vous ouvriez la fenêtre pour évacuer la fumée, sans éteindre l’incendie. Non seulement vous n’allez rien résoudre, mais vous risquez même d’aggraver la situation. Il faut comprendre que cette anxiété est d’origine interne et que seule une prise en compte globale du traumatisme permettra de la réduire.
  4. Le sentiment d’aliénation est la quatrième caractéristique du traumatisme. Elle est la conséquence directe des trois premières. Votre corps, dont la physiologie « déraille » n’est plus une boussole fiable. Vous ne pouvez plus vous appuyer sur lui pour avancer dans la vie, il devient un fardeau. Vous ressentez peu d’émotions et vous cherchez à comprendre ce qui se passe, à calmer cet état de stress permanent (souvent inconscient) par une hyper-rationalisation (comprendre, analyser, mettre en relation tous les éléments extérieurs). Vous cherchez votre place, un sens dans l’existence. Finalement, vous vous épuisez et perdez toute créativité de vie, toute envie de faire des projets, d’aller de l’avant. Il ne faut pas se sentir coupable, ne pas remettre en question qui vous êtes mais l’état physiologique qui domine votre vie (ces troubles somatiques inconscients et involontaires qui vous pourrissent l’existence). Souvent, vous voulez prouver votre valeur, faire pour le mieux, ce qui peut aller jusqu’au burn out. (C’est ce qui m’est arrivé.)
  5. Enfin, cette descente aux enfers se traduit par une impuissance existentielle. Vous subissez des échecs existentiels récurrents car votre corps, avec ses réactions de défense inadaptées, vous piège et vous entraîne dans des schémas récurrents, sécurisants pour votre cerveau archaïque. Répéter sans cesse les mêmes comportements, s’enfermer dans cette spirale négative, entraîne un sentiment de frustration car on ne peut s’accomplir pleinement dans l’existence. Il faut guérir du traumatisme, entrer dans une phase de croissance post-traumatique.

J’ai beaucoup aimé cette phrase : on ne peut pas combattre l’impuissance. L’impuissance est, par définition, une absence de puissance. Il faut donc chercher à construire de la puissance. Ressentir pleinement ce qui se passe dans notre vie, choisir, agir, apprendre… Avoir un mode de vie créatif. Reconstruire son rapport à soi et au monde. En développant de la puissance existentielle, on retrouve la VIE, ce sentiment de SE SENTIR EN VIE.

Huit pièges du traumatisme

La vidéo #3 présente huit pièges du traumatisme. Il serait trop long de vous les détailler ici. Je vous donne donc juste une brève approche de chacun d’entre eux.

  1. Le déterminisme. Je pense que « Le trauma est la cause de ma souffrance ». Je me sens condamné(e) à souffrir toute ma vie.
  2. Le pseudo-pouvoir (ou faux pouvoir). Je remodèle mes valeurs morales pour valoriser un échec ou une blessure (par exemple, suite à de nombreux échecs amoureux, je vais me convaincre que j’apprécie de rester célibataire).
  3. La fuite de soi (attitude active). J’agis pour faire des choses hors de moi : je néglige mon corps, malgré ses appels à l’aide (troubles somatiques), je m’occupe davantage des autres que de moi-même, j’analyse sans cesse ce qui m’est arrivé pour comprendre le trauma d’origine (ce qui est source de procrastination et d’anxiété). Comme dans un avion en cas d’alerte, il faut d’abord s’occuper de soi (mettre son masque à oxygène) avant d’aller aider les autres.
  4. La démission (attitude passive). Je confonds le lâcher-prise (renoncer à contrôler ce qui est incontrôlable) et le laisser-tomber (abandonner le pouvoir de contrôler ce qui est contrôlable) : « A quoi bon ? » La démission peut être invisible pour l’entourage car intérieure : je n’y crois plus mais je donne le change.
  5. L’isolement, l’enfermement. Je me cache, je m’éloigne des autres. Si cela peut être une stratégie efficace lors du trauma, quand la vie est menacée (se cacher pendant un attentat, par exemple) ou pendant quelques temps pour guérir ses blessures émotionnelles (se couper du monde après un décès pour faire son deuil, par exemple), sur le long terme, c’est une stratégie défensive, soutenue par un fantasme d’autosuffisance et qui risque d’aggraver le traumatisme. Pour guérir, il faut accepter de se faire aider et (re)vivre en interdépendance avec les autres.
  6. Les dépendances. En cas de traumatisme, mon système nerveux déréglé me pousse à préférer les gains immédiats aux gains différés : je renonce au gain à long terme, aux efforts qui vont me mener à la croissance, pour préférer le gain immédiat de substances, comportements ou relations toxiques qui vont me permettre de fuir la réalité. « Il faut 3 semaines pour faire une laitue et 100 ans pour faire un chêne. Voulez-vous être une laitue ? Ou un chêne ? »
  7. La honte (pas nécessairement consciente). Sentiment d’inadéquation, d’infériorité, d’insuffisance par rapport aux événements vécus (honte du trauma) et par rapport aux habitudes et dépendances que j’ai développés ensuite (honte du traumatisme). Le traumatisme favorise une fragilité identitaire voire l’installation d’un faux soi. Apprenez à vivre avec qui vous êtes. Trouvez une personne de confiance pour vous aider à reconstruire votre estime de soi. La honte ne se dissipera pas d’elle-même.
  8. L’attentisme (attitude d’attente passive, d’espérance). J’attends les bonnes conditions pour agir (rencontrer un sauveur, recevoir des signes…), j’attends que le temps ou les circonstances changent les choses. C’est un leurre. Le trauma (événement) cesse avec le temps mais le traumatisme ne cesse pas (c’est un fonctionnement physiologique, interne et durable).

L’ultime piège, le « méta-piège », c’est de sauter d’un piège à l’autre, ce que les personnes souffrant de traumatisme ont tendance à faire, parfois sans s’en apercevoir. Cela peut durer des années.

Croissance post-traumatique

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, c’est que vous vous sentez concernés par le traumatisme et souhaitez peut-être guérir d’un traumatisme. Dans ce cas, je vous propose de regarder la vidéo #4 qui vous propose neuf pistes pour sortir du traumatisme :

J’ai eu plaisir à constater que je pratique déjà certains des conseils donnés par Cyrinne Ben Mamou, depuis ma lecture du livre de Bessel Van der Kolk, il y a un an. L’hypnose m’aide beaucoup (j’en parlerai dans un prochain article) ainsi qu’une relation bienveillante avec mon corps (activité physique, stretching, alimentation, sommeil). J’ai encore des progrès à faire, bien sûr.

La croissance post-traumatique, ou rétablissement, n’est pas un processus linéaire. La liste d’intentions de rétablissement établie par Pete Walker et traduite par dcaius (blog Survivre & s’épanouir) peut aider à cultiver une attitude positive.

Pour terminer, je vous pose une question issue de la vidéo #3 :

Comment prenez-vous soin de vous, de votre corps ?

10 réflexions sur “Traumatisme et résilience (suite)

  1. J’apprécie beaucoup ces articles, tu te doutes 😉
    Je connais cette thérapeute et ses vidéos. Ça m’a beaucoup aidée à moi aussi.

    Merci pour ces précieux partages Nina
    Hâte de te lire à nouveau !

    Belle semaine à toi et bonne résilience 🙂

    1. Merci Sand 🌸
      Les circonstances sont difficiles en ce moment. Cela m’aide beaucoup de me dire que mes réactions sont « justes » physiologiques. J’espère que mon corps parviendra à retrouver un fonctionnement « normal » d’ici quelques mois. En attendant, c’est difficile… et très long.
      Je lis toujours tes états d’esprit et tes taroscopes. C’est bien que tu réussisses à aligner tes projets avec tes valeurs. Je n’en suis pas encore là.
      Bises amicales 💕

  2. Je comprends ce que tu ressens Nina. Pour l’avoir vécu et le vivre encore.
    Je revois mon psy en ce moment car j’en ressens le besoin. Je ne sais pas si tu as regardé mes vidéos sur le stress post-traumatique. Il y en a deux, sur mon blog. Je me sentais quasiment guérie mais malheureusement certains choses refont surface et ont besoin d’être travaillées.
    Tu vois tout n’est pas aligné finalement.
    Moi aussi je t’embrasse bien amicalement.
    Sand

    1. Je n’ai vu que la première vidéo. Je vais aller regarder la seconde.
      Bon courage à toi. C’est tellement pénible ces retours en arrière…

      1. Oui, je crois… même si je n’ai eu aucun diagnostic officiel.
        Je pense que le burn out est une conséquence du stress post-traumatique : on veut prouver sa valeur alors qu’on est déjà emprisonné dans le traumatisme, avec ce sentiment d’aliénation (je disais alors que j’avais « la poisse » car les épreuves s’enchaînaient sans que je parvienne jamais à me relever). Il y a un an, j’ai frôlé la dépression, avec cette impuissance existentielle causée par le traumatisme.
        Maintenant, ça va mieux. Je remonte doucement la pente. Ça reste encore très difficile certains jours, à cause des troubles du sommeil et de l’anxiété.
        Quand j’avance de 3 pas, je recule d’un pas. Puis j’avance de 3 pas à nouveau, etc.
        Depuis 3 semaines, je suis vraiment dans une phase down. J’espère que je vais bientôt pouvoir à nouveau progresser sur mon chemin de résilience.
        Plein d’ondes positives pour toi, Sand. Tes taroscopes m’aident beaucoup à garder espoir. Merci 😘

  3. Bigre un article qui me parle énormément !
    Je suis en plein travail dessus avec ma psy depuis fin janvier et ça travaille à fond en profondeur !
    En ce moment, mes cervicales me disent quelque chose, ce n’est pas la première fois et je ne vois pas quoi !
    Pour ma part, plusieurs burns out et accumulations d’échecs ! Et pourtant j’en ai accompli des projets 😅😅
    Je découvre donc ton blog et je prendrai le temps de regarder tes vidéos.
    Très bon week-end à toi

    1. Merci pour ton retour positif sur mon article.
      Oui, le corps parle et il faut apprendre à l’écouter, ce qui n’est pas facile. Les vidéos m’ont beaucoup aidée à comprendre les enjeux somatiques du traumatisme.
      Bon week-end !

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