Tu veux faire quoi plus tard ?

Comment choisir son orientation quand on est lycéen ou étudiant ? Notre métier définit-il notre identité ? Réflexions personnelles (et familiales).

Photo Unsplash : Krysztof Kowalik

Marie Kleber, du blog L’atmosphérique, s’interrogeait récemment dans cet article sur l’identité. A la question : qu’est-ce que tu fais dans la vie ? il est courant de répondre par un nom de métier ou une fonction.

Sommes-nous soignants, enseignants, commerçants, artisans, paysans, dirigeants d’entreprise… Travaillons-nous dans le secteur bancaire, industriel, informatique, d’aide à la personne… Nous pouvons également rester au foyer pour nous occuper de nos enfants ou d’un proche. A moins que nous ne soyons à la retraite ? Force est de constater que nous nous définissons avant tout par notre place dans le monde du travail, en tant qu’engrenage d’une grande machine économique et sociale.

Le travail, s’il fait partie intégrante de notre vie, semble être une composante nécessaire pour donner du sens. Alors se pose la question du choix quand, lycéen ou étudiant, on se prépare à entrer sur le marché de l’emploi. Quels sont nos critères ? Un travail utile aux autres ? Qui nous apporte de la reconnaissance ? Ou de l’argent ? Un métier créatif ? Indépendant ? Un emploi salarié pour plus de sécurité ? Fonctionnaire peut-être ? Avec une certaine liberté d’entreprendre ou plutôt cadré, dans un système hiérarchisé ?

Chacun a ses propres critères, auxquels il pourra ou non répondre selon les contraintes inhérentes à son niveau d’études ou sa situation familiale. L’ensemble crée une équation complexe.

Pour ma part, après des études longues dans l’agro-alimentaire, j’ai travaillé deux ans dans des emplois précaires. Le marché était saturé à l’époque. Je ne trouvais rien d’autre que des petits boulots subventionnés par le dispositif Emploi jeune, payés au Smic. Alors j’ai tout plaqué. Une fois au chômage, j’ai eu la chance de faire un bilan de compétences. C’est une expérience très enrichissante, qui nous apprend beaucoup sur nous-mêmes et que chaque personne devrait avoir l’opportunité de faire quand elle entre dans la vie active.

Mon burn out m’a conduit à me poser des questions sur mon métier. Pourquoi suis-je devenue enseignante ? En relisant ce bilan de compétences (près de 20 ans après l’avoir réalisé, puisqu’il s’est terminé le… 11 septembre 2001 (sic)), j’ai compris que mes priorités n’avaient pas changé : avoir un travail où je m’organise seule, avec une certaine part de créativité et en lien avec les enfants. Pourtant, il y a un an, je ne voulais plus mettre les pieds dans une classe.

Il m’a fallu des semaines de réflexion pour comprendre que je cherchais désespérément le Graal : la reconnaissance. Une reconnaissance que l’on n’obtient que très rarement dans ce métier. Parents d’élèves, hiérarchie… même devise. Critiquons, critiquons… Est-ce une particularité française de s’interdire les compliments, les encouragements ? J’avais l’impression de travailler des heures pour n’obtenir que des critiques. Mais il faut dire que j’étais en présence de collègues toxiques.

Bon, revenons à mon propos de départ : qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Les enfants ont souvent une idée précise sur la question, comme cet élève qui veut devenir : « Moniteur pour faire passer le permis moto ! » Ou cette autre qui voulait être médecin et qui, après que je l’ai complimentée sur ses textes débordants de détails et d’imagination, m’a dit une fois : « Maîtresse, je veux être médecin et écrivaine !« .

L’histoire se complique en arrivant au lycée, si j’en crois l’expérience vécue avec mes trois enfants. Faut-il poursuivre des études les plus générales possibles pour obtenir un bac ouvrant « toutes les portes » (comme l’a fait mon aînée) ? Faut-il se spécialiser très tôt dans une discipline précise pour développer sa fibre artistique (comme l’a fait ma cadette en choisissant un bac technologique dans les arts du spectacle) ? Ou alors avoir une vocation encore plus claire comme c’est le cas actuellement pour leur frère ? Il veut s’engager dans l’armée dès l’âge de 16 ans, en entrant dans une école militaire.

Je crois que la société évolue, qu’on est beaucoup plus ouvert aujourd’hui à ces filières spécifiques ou ces vocations précises. Peu à peu, on valorise l’apprentissage, les jeunes qui veulent apprendre un métier et pas seulement ceux qui poursuivent des études les plus générales et les plus longues possibles. Si la tradition élitiste est encore bien présente en France, avec les classes préparatoires et les grandes écoles, il me semble que des voies plus originales et individualisées peuvent également s’ouvrir.

Peut-être cette impression est-elle liée à notre histoire familiale ? A mon époque, pas si lointaine, il fallait faire des études longues, scientifiques, tenter d’entrer en prépa, passer des concours… Finalement, ça ne nous a pas mené bien loin, tout ça. Je suis contente de voir aujourd’hui que mes enfants se donnent plus de liberté dans leurs choix, qu’ils osent se lancer dans des domaines qu’on reniait avant (sciences humaines, arts…). Qu’ils peuvent, grâce à internet, prendre en main leur destin, se renseigner seuls, trouver des solutions qui leur conviennent, tester, changer de voie s’il le faut…

Il est fort probable qu’ils auront plusieurs carrières, qu’ils évolueront au cours de leur vie professionnelle, se réorienteront pour s’adapter aux évolutions du marché de l’emploi. Je trouve que cette flexibilité est une bonne chose, même si elle a son revers : la précarité.

Chacun peut faire ses choix. Mon fils veut entrer dans l’armée pour avoir une stabilité, la sécurité de l’emploi, un cadre précis et hiérarchisé. Cela semble lui convenir, même s’il est encore jeune. D’autres préféreront rester libres, créer leur activité, pouvoir décider seuls de l’orientation de leur commerce ou de leur entreprise.

Finalement, si le travail ne nous définit pas en tant qu’individu particulier, s’il n’est pas la base de notre identité, il est quand même une composante essentielle. Pour avoir passé huit mois en arrêt de maladie en 2020, je sais comme ce cadre quotidien m’a manqué : se lever le matin, être utile, avoir le sentiment du travail accompli, être fière de ses réussites… Maintenant, je n’attends plus de reconnaissance. Les sourires et dessins de mes élèves me suffisent. Et j’ai cessé de me dire que je n’avais aucun rôle utile dans la société (je culpabilisais de ne pas faire de bénévolat dans une association, de ne pas m’investir pour les autres). Mon rôle social est auprès de mes élèves, chaque jour. Leur permettre de grandir en sécurité, d’apprendre, de construire leur personnalité… là est l’essentiel. Pour qu’ils puissent réaliser leurs rêves… Même si devenir princesse ou astronaute, c’est bien difficile à l’heure actuelle !

Et vous, avez-vous eu plusieurs métiers ? Pensez-vous que votre rôle social passe par votre travail ou avez-vous développé d’autres façons d’être utile, par le bénévolat, la créativité, l’entraide… ?

PS. À découvrir sur le tout nouveau blog Le monde d’Ines : l’interview d’une étudiante ayant passé une année en Hongrie avec Erasmus.

7 réflexions sur “Tu veux faire quoi plus tard ?

  1. Bonjour Nina,

    Fichtre ! Quel vaste et intéressant sujet que celui-là.

    Je trouve que ton article montre bien que les mots travail/métier n’ont pas la même valeur, même s’ils sont intimement liés l’un à l’autre. À eux deux ils couvrent beaucoup de thématiques comme l’épanouissement de soi, la reconnaissance sociale, l’argent, la santé, le savoir-faire, etc.

    Tout commence déjà sur les bancs de l’école qui est le lieu, par excellence, de la sociabilisation. Et autant j’ai adoré la découverte du monde à l’école primaire, autant j’ai détesté la perte de sens dans le secondaire (collège-lycée chez vous) qui m’a fait arrêter mon parcours scolaire assez tôt. L’ironie de l’histoire veut que je travaille maintenant en collaboration avec le milieu scolaire 😉

    L’aspect social, bien avant celui financier est, pour moi, fondamental dans le monde du travail. C’est ce qui fait que je me leve chaque matin ☀

    Bon We !

    1. Merci pour ton témoignage, Johan.

      Il me semble essentiel que chacun identifie bien ce qu’il attend du travail pour pouvoir trouver un métier en adéquation avec ses attentes. C’est tout l’intérêt d’un bilan de compétences.

      Garder trace de ces recherches est intéressant pour y revenir plus tard, quand notre fonction ou notre métier commence à perdre sens (ce qui, semble-t-il, est assez fréquent vers 40 ans). On peut être alors tenter de tout plaquer, comme je voulais le faire l’an dernier. Mais retrouver du sens est également une option intéressante, à necpas négliger.

      Notre société a peut-être trop tendance à nous vanter la reconversion professionnelle comme une solution miracle : « Regardez ced citadins qui ont tout quitté pour ouvrir un gîte, comme ils sont heureux ! »

      Si tu as plaisir à te lever chaque matin, si tu sais ce que ton travail t’apporte pour répondre à tes besoins sociaux, alors tout va bien !

      Bon week-end, Johan 🔆

  2. Ton article est très intéressant et vaste. J’ai du le lire deux fois 😉 . Ce que j’ai aimé le plus finalement c’est ton parcours et ton évolution de, j’attends de la reconnaissance à, je donne sans attendre cette reconnaissance mais elle vient quand même… Mon parcours a été riche, varié et parfois galère car je n’ai pas pu faire d’études supérieures. Je n’ai jamais pu m’adapter à ce système scolaire élitiste qui sélectionne par les maths. On voit bien les dégâts dans notre société de cette dérive, notamment dans le monde de la médecine qui devient un monde de stats et de technologie au lieu d’être dans une aporoche avec de sens et du lien. La vie est une suite d’expériences et il vaut mieux de mon point de vue changer de voie quand ce n’est plus raccord avec soi. On a le droit de changer de métier car on évolue. Les carriéristes, en se basant sur la sécurité matérielle uniquement, passent à côté de bien des opportunités.
    Et puis il y a un monde en dehors du travail. Ce que nous faisons ou échangeons tous et toutes à travers nos blogs est riche de ce que nous sommes. Si variés, si multiples.
    Merci à toi Nina pour ce très bon article qui aborde des points essentiels sur nos choix de vie.
    Belle journée tooyou.

    1. Merci Alan pour ton commentaire détaillé.
      Le système scolaire français aurait bien besoin d’évoluer, en même temps que les mentalités. La réforme du bac et le développement de l’alternance sont peut-être le début d’une (r)évolution.
      La critique très médiatisée fonctionnement de certaines grandes écoles (dérives sexistes et abus) est également une avancée.
      Oui, changer de voie est parfois libérateur. Peut-être suis-je trop réservée sur ce point. J’ai si souvent fui dans ma vie que je veux essayer, cette fois-ci, de faire preuve de stabilité. La sécurité est une donnée essentielle pour moi, peut-être au détriment de belles opportunités, comme tu dis.
      Quant à la médecine et son approche du soin… j’aurais beaucoup à dire sur le sujet (en tant que patiente). Les romans de Martin Winckler (médecin et auteur) sont édifiants sur ce point.
      Tu connais « Le chœur des femmes » ? Ou « Les 3 médecins » sur les études de médecine justement ?
      Et il y a le monde personnel, en effet. L’écriture, les échanges… Le blogging est vraiment une activité passionnante qui permet de belles rencontres !
      Bon dimanche to you too 🔆

  3. Merci pour cet article Nina qui permet de creuser le sujet. Fort riche et intéressant.
    Oui, et l’exemple de tes enfants le montrent bien, il y a plus de liberté aujourd’hui. A mon époque aussi c’était très scolaire, j’ai pourtant fait des études par choix mais peut-être pas celles que j’aurai souhaité faire si j’avais eu l’opportunité de voir au-delà de la route presque toute tracée de ce qui pour mes parents me garantissaient un avenir plus ou moins sécurisé, sécurisant!

    Nous ne sommes pas que notre travail mais notre travail joue toutefois un rôle déterminant dans notre vie.
    Intéressant de suivre ton parcours de vie sur le sujet. C’est marrant les représentations que l’on a des métiers des uns et des autres. J’ai toujours trouvé pour ma part que l’enseignement est un « métier » utile pour la société.

    Peut-être que c’est mon plus grand frein au fond, cette quête d’utilité! Comme le dit justement ma thérapeute, nous sommes tous utiles à des niveaux différents. Après en effet nous pouvons être ou nous sentir « utiles » de bien des manières et pas seulement dans notre job!
    Tout est question et tu le dis très justement de reconnaissance, celle que l’on attend puis celle que l’on se donne.

    Très belle journée à toi. Grosses bises

    1. Merci à toi, Marie, d’avoir initié cette réflexion.

      Je pense que nous sommes tous influencés, de manière consciente ou non, par les stéréotypes véhiculés par la société de notre époque. Dans les années 90, il fallait faire des études, si possible longues et de préférence scientifiques.
      Il y a parfois des sortes de conflits de génération quand on parle d’orientation en famille, c’est fou !

      L’enseignement est de moins en moins considéré, même si le confinement est venu rebrasser les cartes (les parents ont peut-être compris que ce n’était pas si simple que ça de guider des enfants vers les apprentissages).
      Il faut savoir trouver ses propres critères de reconnaissance. Pour ma part, je sais que les enseignants n’ont aucune perspective en terme de salaire ou d’avancement, que les retours positifs sont très rares voire inexistants de la part des parents ou de la hiérarchie.
      Alors je prends le positif auprès des enfants. S’ils sont heureux de venir à l’école, s’ils progressent, s’ils me font sourire par une réplique rigolote ou un bon mot, tout va bien.

      Hier, nous avons lu un roman dans lequel une vieille dame dit que son cœur est fragile. Elle sent qu’elle s’affaiblit et va bientôt mourir. Un élève m’a demandé : « Maîtresse, elle a un cancer du cœur ? » 💜

      Bonne soirée, Marie. Bises

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