[Chronique] Dialogue intérieur

Vous arrive-t-il de parler seul•e à voix haute ? Le soliloque est devenu pour moi un réel problème.

Photo Unsplash : Kristina Flour

Lors d’une longue insomnie, j’ai enfin compris ce qui me bloque depuis l’enfance : j’ai peur d’être seule. Peur de découvrir celle que je suis vraiment. Effrayée à l’idée d’avancer sans soutien, sans quelqu’un qui me tienne la main.

Je ne parle pas ici de vie conjugale. Je parle de la solitude ultime. Être seul•e avec soi-même. Jamais je n’ai été seule, vraiment, du plus loin que je m’en souvienne.

Il y a eu les amis. Un ou une seul•e à la fois, avec qui j’étais totalement fusionnelle pendant quelques mois, jusqu’à ce que la vie nous sépare (déménagement, changement d’école…). J’ai eu aussi des correspondants, dans de nombreux pays : des heures passées à écrire des lettres ou des mails, pour ne pas rester seule.

Puis il y a eu l’emprise. Dix-sept ans de vie avec mon ex-conjoint, le père de mes enfants. Omniprésent, toujours prêt à parler, pendant des heures, jusqu’à me priver de sommeil. Je lui disais tout, sans m’en rendre compte. Il dirigeait mon esprit, mes pensées, ma vie.

En parallèle, j’ai développé des amitiés virtuelles, sur les forums et les réseaux sociaux. Pour m’évader de ma prison, sans sortir de la maison.

Il y avait toujours quelqu’un pour me conseiller, me renseigner. Partager mes questions, apaiser mes angoisses, écouter mes doutes…

Et quand je suis seule dans ma chambre, la salle de bain, la voiture ? Non, là non plus je ne suis pas seule. La « petite voix » prend le relais du monde extérieur. Commence alors le dialogue intérieur. Un dialogue qui est si turbulent que j’ai souvent besoin de l’exprimer à voix haute. J’ai souvent honte de ça, peur d’être surprise. Je me sens ridicule.

Dans cet article consacré au soliloque, on nous explique que se parler à soi-même aide à structurer sa pensée. Énoncer les mots à voix haute permet de faire le tri dans tout ce qui se bouscule dans notre tête et à solliciter notre audition pour être plus efficace. Par exemple, si dans un magasin, vous vous exprimez verbalement le nom de article vous cherchez, vous le trouverez plus rapidement.

Admettons que cet aspect de coaching soit intéressant. Il n’en reste pas moins que ce dialogue intérieur m’épuise.

« Le langage intérieur et silencieux est un phénomène très fréquent. Les études actuelles montrent que sa fréquence d’occurrence est en moyenne de 26%, signale Marcela Perrone-Bertolotti, enseignante-chercheuse en psychologie et neuro-cognition à l’université de Grenoble. Cela veut dire que nous passons un quart de notre vie éveillée à nous parler à nous-mêmes. »

Après des mois de tumulte, j’aspire au silence. Que tous ces mots cessent de tourbillonner dans ma tête, que je puisse être seule sans éprouver le besoin de tenir un débat. Car c’est ça le souci : ma petite voix est polémique. Un veritable avocat… qui plaide en permanence. Elle m’oppose arguments et contre-arguments, cherche à me convaincre, m’entraîne dans des ruminations sans fin.

Dans cet article, des psychologues donnent quelques idées pour canaliser notre voix intérieure : savoir qui nous parle vraiment dans ces moments là (quand la petite voix nous critique, qui a prononcé ces paroles, nos parents ? un professeur ?), se centrer sur les paroles positives, se ménager un temps de parole limité (5 minutes par jour).

Maintenant, je veux me taire. Retrouver un vrai calme intérieur. Écouter la nature. Me centrer sur ma respiration. Poser mes pensées par écrit pour les mettre à distance.

Vivre calmement en étant vraiment présente, ici et maintenant.

Et vous, êtes-vous en paix avec votre petite voix intérieure ? Ou voudriez-vous qu’elle soit plus discrète ?

17 réflexions au sujet de « [Chronique] Dialogue intérieur »

  1. Coucou Nina, de mon côté je suis en paix avec elle. J’aime me parler 🙂
    Ceci dit je te comprends, je vois où tu veux en venir.
    Je t’embrasse bien fort,
    Sand

  2. Je me suis toujours parlé à moi même donc pour moi c’est naturel!!
    Après je comprends que cette voix puisse être envahissante et tout est, à mon avis, lié à notre façon de calmer – apaiser notre mental. Ca demande de la pratique de faire taire la voix qui finit par prendre beaucoup, beaucoup trop de place
    Nous apprenons ça aussi en formation, la distanciation, pour mieux revenir à nous mêmes et comprendre véritablement « qui parle » en nous.
    La respiration, la méditation m’aident beaucoup en ce sens. As-tu essayé?
    Des pensées Nina et n’hésitent pas si tu souhaites en discuter.

    • Distanciation, c’est un mot à la mode… et aussi le mot qui convient ici, comme tu le dis. Prendre de la distance, savoir faire taire cette voix ou au moins la calmer, pour qu’elle soit moins polémique. Hypnose et respiration pour moi. Ça aide vraiment. Bonne soirée, Marie 🔆

  3. Les contacts sur les forums et le soliloque sont parfois intéressants mais, à mon sens, ils ne peuvent pas remplacer les « vrais » contacts avec ses semblables ….
    Bonne soirée
    Gérard

  4. Je me parle quasiment tout le temps et je te rejoins cela m’épuise, il m’arrive également de temps en temps de me parler à voix haute souvent quand je suis énervé contre moi même. Faut que j’essaye la méditation pour m’apaiser un peu. Tu as déjà essayé ?

    • Je trouve la méditation très difficile. L’hypnose me convient mieux car, si les pensées envahissantes me troublent au début, la voix du thérapeute me ramène à mon corps, mes perceptions, ma respiration… J’utilise des vidéos YouTube et un casque (c’est important pour s’isoler des bruits extérieurs), allongée sur le dos sur mon lit pour une détente totale.

      • J’étais très réticente au début (en février). J’écoutais attentivement, par peur des messages subliminaux ou d’être manipulée (oui, c’est un peu ridicule). Et puis, peu à peu, j’ai réussi à lâcher-prise. C’est impressionnant de constater la détente corporelle que ça apporte ! C’est bien mieux qu’une sieste pour se ressourcer… Et en plus, le temps est limité : si tu fais une séance de 30 minutes, tu es certain de te « réveiller » au bout de 30 minutes. C’est pratique ! 😄

      • J’ai commencé par utiliser chaque jour les vidéos de Benjamin Lubzynski (j’ai dû faire sa séance contre l’anxiété au moins 50 fois !). Ça m’a vraiment aidée quand j’étais au fond du gouffre, pour me détendre physiquement et m’habituer à l’hypnose.
        Et puis j’ai eu envie de changer (je trouvais qu’il parlait trop !). J’ai essayé plusieurs chaînes. Maintenant, j’utilise les vidéos de Frédéric Barbey. J’aime bien le fond musical et sonore. La séance « anti-stress » est vraiment relaxante : https://youtu.be/mocxbIqhqDU
        Tu me diras, si tu essaies ?
        Bonne journée🔆

  5. Coucou,
    Je me parle souvent, ça m’apaise. Notamment quand je dois conduire, ce qui me stresse beaucoup, je chante, je me parle, je m’encourage. C’est réconfortant.

    Cependant, notre cerveau nous tend parfois des pièges avec des erreurs de traitements de l’information: les distorsions cognitives. J’ai écrit un article à ce sujet « comment contrôler nos pensées négatives » (https://la-parenthese-psy.com/), il nous aide à questionner nos pensées intrusives et à leur dire FUCK.

    A bientôt,
    Line

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