[Lecture] Les oubliés du dimanche

Justine, 21 ans, aide-soignante dans une maison de retraite, aime les personnes âgées. Elle se lie d’amitié avec Hélène, une vieille dame qui a toujours rêvé d’apprendre à lire.

Les oubliés du dimanche – Valérie Perrin
Editions Albin Michel – 2015

Ces deux femmes se parlent, se révèlent l’une à l’autre ce qui va permettre à Justine d’aller à la rencontre de sa propre histoire. Un jour, un mystérieux « corbeau » sème le trouble aux Hortensias

C’est un premier roman léger et doux, malgré les tragédies familiales qu’il renferme. Hélène raconte son histoire à Justine, qui la copie dans un cahier bleu. En parallèle, on découvre la vie de la jeune femme dont les parents sont morts dans un accident quand elle avait 4 ans. Peu à peu, les deux destins se mêlent et le voile se lève sur de terribles secrets de famille.

J’ai beaucoup aimé le rythme de ce récit, les histoires qui progressent en parallèle. Les romans dans lesquels plusieurs histoires s’entrecroisent sont parfois difficiles à lire (je pense à Miroir de nos peines en écrivant cette phrase) mais ce n’est pas le cas ici.

Plusieurs thèmes sont abordés : la vie en maison de retraite, bien sûr, avec ces oubliés du dimanche qui ne reçoivent jamais de visite, le destin d’une femme avant, pendant et après la guerre, l’illettrisme, la déportation et ses conséquences, les secrets de famille, la difficulté de grandir sans père ni mère (Justine est élevée par ses grands-parents), la vie de couple quand l’amour n’est pas / plus présent, la culpabilité qui ronge au quotidien…

Une vraie poésie se dégage de ces pages. Ainsi, par exemple, Hélène pense que chacun d’entre nous a un oiseau qui le protège. Elle voit une mouette sur le toit de la maison de retraite, toujours là pour veiller sur elle.

Elle lui affirme que chaque être humain est relié à un oiseau. Et que certaines personnes ont le même. Il suffit d’observer le ciel pour voir que son oiseau n’est jamais loin. Elle dit que les oiseaux ne meurent pas, qu’ils se donnent à l’infini. Que dès qu’on met un oiseau en cage, un homme devient fou.

Dans certains passages, le rêve et la réalité se mêlent en un ballet original. On ne sait plus si la scène est imaginaire ou réellement vécue par le personnage. C’est déroutant, parfois. Mais j’ai aimé cette magie dans les mots et cette lumière qui sont agréables et douces à lire.

— C’est comme si vous veniez de me lire un mode d’emploi poétique.

S’il me dit ça, c’est qu’il est du même monde que nous, celui où l’on ne croit pas que ce que l’on voit. Celui des idiots, des naïfs, des optimistes.

La fin est très belle. Le chapitre 72 m’a émue aux larmes, quand Hélène retrouve Lucien, qui l’attendait depuis 35 ans sur leur plage.

Parfois, Lucien demande à Hélène si elle veut rencontrer un autre homme. Un qui l’épousera pour de vrai et qu’elle aimera pour de vrai. Ce à quoi elle répond, Non, surtout pas, tu me portes bonheur.

Comme à son habitude, Hélène fait les choses en douceur. Elle n’a jamais aimé se faire remarquer. Elle n’aurait pas pu mourir brutalement. Elle part sans bruit, sur la pointe des pieds.

C’est un premier roman que j’ai lu par hasard. La bibliothèque étant fermée, j’ai cherché ma lecture suivante dans la boutique Kobo (ce que je ne fais jamais d’habitude) et celui-ci était en promotion. Parfois, le hasard fait vraiment bien les choses. Après cette belle surprise, je pense que je poursuivrai la découverte de cette autrice avec son second roman : Changer l’eau des fleurs.

Autres citations :

Quand on a perdu la personne qu’on aimait le plus au monde, on la perd tous les jours.

Les larmes ne lui montent pas aux yeux. Cela fait longtemps que son chagrin est à sec. La première année d’école, elle a tout pleuré.

Il avait la grâce des gens timides qui font semblant de ne pas l’être.

Un enfant sans mère est un orphelin. Mais comment appelle-t-on une mère sans enfant ? Mère d’un enfant qui n’est pas le sien.

Quand la vie est foutue, on ne tremble plus, on ne pleure plus, on hait.

Jules ne s’attache pas parce qu’il vit dans le présent. Hier, il s’en fout. Et demain ne l’intéresse pas encore.

5 réflexions au sujet de « [Lecture] Les oubliés du dimanche »

    • Le premier était prometteur. Si le deuxième est encore meilleur, il doit être passionnant. Je l’ai noté sur ma liste à lire. Je vais le réserver à la médiathèque (avec les mesures sanitaires actuelles, il faut réserver des semaines à l’avance).

  1. J’aime beaucoup la façon dont tu nous présente ta lecture ! Et tu sais quoi ? J’ai toujours le même oiseau tous les matins sous ma fenêtre depuis que j’ai acheté cette maison !

    • Ah, ce doit être ton compagnon de vie, comme un totem. Merci pour le compliment. J’aime partager les lectures qui m’ont inspirée, et celle-ci en est une. 💙

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