[Lecture] L’année du Lion

Comment vivre après une pandémie qui a décimé 95 % de l’humanité ?

L’année du lion, Deon Meyer, Seuil, 2017

Nico Storm, 13 ans, et son père font partie des rares survivants à la Fièvre. Ils sillonnent l’Afrique du Sud dans un camion pour collecter tout ce qu’ils peuvent y trouver : nourriture, carburant, armes, produits d’hygiène… Ils se méfient des (rares) autres hommes qu’ils croisent et des animaux, souvent dangereux.

Leur errance prend fin quand ils décident de fonder une communauté, Amanzi. Ils s’installent dans un lieu stratégique, près d’un barrage. Comment cette nouvelle société va-t-elle s’organiser ?

Réussiront-ils à produire de l’électricité ? Du gasoil ? Quels sont les habitants qui vont venir les rejoindre ? Qui va assurer la sécurité et le respect des règles démocratiques dans la communauté ? Comment des tempéraments forts et des intérêts opposés vont-ils pouvoir cohabiter ?

Nombreuses sont les questions posées par ce roman initiatique post-apocalyptique dont l’action se déroule sur 5 ans. Nico, adolescent puis jeune adulte, va être un observateur privilégié de l’évolution d’Amanzi. Il va apprendre à se battre pour défendre son père et son peuple. Excellent tireur, il intègre à 16 ans les commandos d’attaque d’Amanzi, dirigés d’une main de fer par Domingo, personnage sombre et querelleur. Nico se retrouve ainsi en première ligne face aux menaces extérieures. Car Amanzi, son organisation et ses ressources sont objets de convoitise pour les factions rebelles qui gravitent aux alentours.

Ce roman, publié en Afrique du Sud en 2016, puis traduit dans de nombreuses langues, est revenu sur le devant de la scène avec l’arrivée du coronavirus. On a dit que Deon Meyer avait « prévu » l’épidémie.

Son scénario me semble plus catastrophique que la situation actuelle : la Fièvre se répand à une vitesse foudroyante, très peu de personnes sortent vivantes de la maladie. Les actes de délinquance et les agressions qui suivent la vague épidémique augmentent encore le taux de mortalité.

Quatrième de couverture :

Ils ont tué mon père.
Je les aurai.
Après la Fièvre qui a décimé les neuf dixièmes de la race humaine, mon père, Willem Storm, a fondé Amanzi, une nouvelle colonie, et l’a menée du chaos à l’ordre, de l’obscurité à la lumière, de la famine à l’abondance.
Je suis Nico Storm, formé par Domingo à l’art de tuer.
Je détestais mon père et je le vénérais.
Ils l’ont abattu à Witput, dans notre beau Karoo, en bordure de l’ombre effacée d’un cercle d’irrigation.
Je vais trouver ses tueurs et je le vengerai.
Ce qui suit est mon histoire.

Contrairement à ce qu’annonce la quatrième de couverture, l’enquête policière sur le meurtre de Willem Storm n’est pas au centre du propos et n’apparaît qu’en fin de roman.

Ce qui est passionnant dans ce roman, c’est la naissance de la communauté, baptisée Amanzi. Très vite se posent des questions vitales : comment les Amanziens vont-ils pouvoir assurer le ravitaillement et la protection des centaines de personnes qui se joignent à eux ? Qui dirigera la communauté ? Comment organiser le pouvoir, la prise de décision ? J’ai aimé cet aspect sociologique qui m’a rappelé Malevil de Robert Merle (un roman dont je vous parle dans cet article : La fin d’un monde ?)

La question de la défense est centrale. Comment survivre dans un monde où la loi du plus fort est redevenue la norme ? Où trouver des armes et des moyens matériels et technologiques (pour faire voler un petit avion Cessna, par exemple, afin d’assurer une surveillance aérienne et de mener des missions longue distance) ?

Je pourrais écrire des pages sur ce roman passionnant. L’écriture est vive, prenante. J’avais du mal à arrêter de lire, tant je désirais savoir ce qui allait arriver ensuite. De nombreux chapitres sont écrits sous forme de témoignages, recueillis par ceux qui veulent conserver l’histoire d’Amanzi. La narration est donc variée, avec le point de vue de différents personnages, ce qui rend la lecture fluide et dynamique.

Mon seul regret est la fin de l’histoire, qui m’a laissée sur ma faim. L’enquête sur le meurtre et les réponses à de multiples questions posées au fil du récit sont exposées en une dizaine de chapitres seulement (sur les 120 que compte le livre !). Une fois la dernière page tournée, je me suis sentie flouée. J’aurais aimé rester plus longtemps avec Nico, savoir comment il avait poursuivi sa vie après le décès de son père. Et j’aurais voulu connaitre la suite, comprendre ce qui allait arriver au Monde dans son ensemble, car les révélations finales sont stupéfiantes et nous interpellent grandement (chut, je n’en dis pas plus !)

Dans ce roman, Deon Meyer nous fait découvrir l’Afrique du Sud : ses zones naturelles magnifiques, ses animaux sauvages, ses variations climatiques et ses spécificités sociales (avec, en fil rouge, la difficulté à faire vivre en paix des groupes éthniques et raciaux différents).

La pandémie n’est pas au centre de l’histoire, loin de là. Elle appartient au passé des personnages. Ce n’est donc pas un roman sur un virus mortel, mais une ode à la vie et un message d’espoir pour l’après, un hymne à la résilience pour reconstruire une société pacifiée dans un futur où le virus n’existe plus.

C’est un livre que je recommanderais à tous ceux qui aiment les romans d’aventure, les récits initiatiques. L’année du Lion raconte l’évolution d’un ado devenant adulte et la transformation progressive d’une petite communauté en une vraie société organisée, riche de 5 000 habitants, avec un gouvernement apte à assurer vie sociale, travail et protection à tous ses membres. Une grande réussite pour de belles heures de lecture !

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