[Lecture] Miroir de nos peines

Miroir de nos peines, Pierre Lemaitre, Editions Albin Michel, janvier 2020, 540 pages

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire, où la France tout entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique… Pierre Lemaitre nous livre ici le dernier tome de la trilogie débutée par Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013.


Printemps 1940, l’exode. Face à l’imprévisible avancée de l’armée allemande, les Français fuient vers le Sud. Dans ces colonnes d’âmes en peine déambulant sur les routes vont se retrouver des personnages que nous aurons croisés avant, à Paris et sur la ligne Maginot : Louise, M. Jules, Désiré, Raoul, Gabriel, Alice et Fernand. Qui sont-ils ? Qu’est-ce qui les lie ? Les indices arrivent peu à peu et le puzzle se construit.

C’est avec plaisir que j’ai entamé la lecture de ce troisième roman historique sur l’entre-deux-guerres. J’avais eu un vrai coup de cœur pour Au revoir là-haut, confirmé avec le film d’Albert Dupontel. Couleurs de l’incendie m’avait emportée également, même si le contexte et les personnages n’avaient pas la même folie, la même grandiloquence. J’avais donc hâte de voir ce qui m’attendait cette fois-ci et j’ai retrouvé avec bonheur l’écriture vive et dynamique de Pierre Lemaitre.

Les premiers chapitres sont dignes d’un thriller. Suite à une scène traumatisante, Louise, jeune et belle institutrice, court nue dans la rue à Paris, À des centaines de kilomètres, sur le front, Gabriel échappe de peu à la mort dans un fort de la ligne Maginot. Pris au piège, comme un rat, lors d’une attaque aux gaz. Trahi par ses hommes, manipulé par l’un d’eux, Raoul, un être sans scrupule, prêt à tout pour protéger son marché noir et ses magouilles. Et puis viendra un autre personnage, Désiré, usurpateur, mythomane, grandiose, qui nous fera vivre de l’intérieur la politique d’information et de propagande de l’époque.

Dès les premières lignes, le lecteur est happé par l’histoire. Cependant, l’alternance des chapitres nous oblige à suivre trois fils directeurs en parallèle, ce qui n’a rien d’évident. Comment ces personnages se rencontreront-ils ? Qu’ont-ils en commun ? Quels sont leurs secrets ?

Si le début du roman est haletant et passionnant, dans l’univers et les pensées de Louise et de Gabriel, l’intérêt se relâche peu à peu, peut-être parce que le contexte historique domine alors l’analyse psychologique. Le récit s’étire, comme les files de réfugiés sur les routes de France. Le personnage de Fernand ne m’a pas semblé essentiel. Il vise certainement à nous montrer la désorganisation et l’improvisation qui étaient de mise dans l’armée pendant l’exode. C’est toute la difficulté du roman historique : trouver le juste équilibre entre les aspects documentaires et le récit fictif.

Les trois romans sont construits sur le même modèle : intrigues, coups bas, manipulations, secrets… Ils sont menés par des personnages hauts en couleurs, extravertis, prêts à tout pour arriver à leurs fins. C’est ce qui en fait la force mais également la faiblesse. J’aurais aimé plus de sentiments, de fragilité, de douceur. Il m’a manqué des émotions positives, de l’empathie, du rire et des larmes. À l’image de M. Jules, le bon Français, cœur sur la main, prêt à parcourir le pays en charentaises pour aider Louise.

Malgré ce petit bémol, cette trilogie est une réussite, à recommander à tous, pour des heures de belle lecture. S’il fallait n’en lire qu’un des trois, ce serait Au revoir là-haut, sans hésitation.

3 réflexions au sujet de « [Lecture] Miroir de nos peines »

  1. Je garde un bon souvenir d’au-revoir là haut mais je ne savais pas qu’il avait écrit une suite. Ca m’intéresse, je vais regarder ça de plus près.
    Merci pour la découverte.

    • Il avait prévu dès le départ de faire une trilogie sur l’entre-deux guerres. Le deuxième tome « Couleurs de l’incendie » se passe pendant les années folles. Merci pour ta visite, Marie.

  2. Ping : [Lecture] Les oubliés du dimanche | Lune Démasquée

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