[Lecture] La fin d’un monde ?

3 romans pour vivre la fin du monde

Au début du confinement, je n’ai pu m’empêcher de penser au livre Le Feu de Dieu de Pierre Bordage. En cherchant la critique que j’avais écrite à l’époque de ma lecture, j’ai retrouvé trace de deux autres livres : l’Aveuglement de José Saramago et Malevil de Robert Merle.

Ces trois romans amènent le lecteur à vivre en direct les réactions des humains face à un cataclysme. Ils nous poussent à réfléchir sur notre société. Ils interrogent la capacité de l’homme à s’organiser en groupes quand les conditions de vie deviennent hostiles. Conflits, guerre ou entraide, solidarité. Quelle est la meilleure voie pour survivre ?


Le Feu de Dieu, Pierre Bordage

Le Feu de Dieu, Pierre Bordage – Première publication : 2009

Ce roman m’a tellement marquée que j’en garde un souvenir impérissable. La couverture de la version du Livre de poche (sortie en 2010) est superbe et illustre parfaitement l’ambiance post-apocalyptique de l’œuvre.

Synopsis : Prévoyant la catastrophe, Franx a convaincu les siens de fortifier le Feu de Dieu, une ferme du Périgord, pour une autonomie totale de plusieurs années. Cependant, le cataclysme le surprend quand il est à Paris. Pour rejoindre sa famille, il va entreprendre une impossible odyssée, dans le froid et les ténèbres, en compagnie d’une autre survivante, une petite fille muette. Pendant ce temps, dans l’arche transformée en bunker, sa femme et leurs deux enfants se retrouvent sous la menace d’un dangereux paranoïaque qui a pris possession des lieux…

Mon avis (octobre 2013) : Ce livre est passionnément terrifiant ! Vous voulez savoir comment se passera la fin du monde ? Lisez-le !

J’ai particulièrement aimé la description des sentiments des humains, leur évolution dans ce monde post-civilisé. Cela m’a rappelé L’aveuglement de José Saramago : où est la frontière entre l’homme et l’animal ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour survivre dans des conditions extrêmes ? Les visions de Théo et Surya apportent une petite touche de fantastique et une ouverture vers un nouveau monde, plus spirituel. Un nouvel être humain naîtra du chaos.

Extrait du journal de Zoé :

[…] j’ai beaucoup de chance d’assister à l’émergence d’une nouvelle espèce, comme de Néanderthal à Sapiens.
Si j’ai bien compris, je suis un vestige (un beau, hein…) de Sapiens, Théo et Surya sont des représentants de… de quoi, au juste ?


L’aveuglement, José Saramago

L’Aveuglement, José Saramago – Première publication française : 1997

Synopsis : Un homme devient soudain aveugle.
C’est le début d’une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d’aveugles tentent de survivre à n’importe quel prix. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse « . Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l’humanité ?

Mon avis (juin 2013) : Avec cette lecture, j’ai découvert José Saramago, auteur portugais qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 1998.
J’avoue que j’ai eu du mal avec le style : ces pages compactes, ces dialogues sans ponctuation autre que des virgules et des majuscules pour indiquer le changement de personnage, ces « commentaires » sur les actions ou l’environnement des personnages…

Mais je m’y suis habituée. Et l’intrigue de ce récit est tellement forte qu’on avance dans la lecture sans même s’en rendre compte. Un aveugle, puis un autre, puis le médecin qui l’a ausculté, puis… De fil en aiguille, la situation devient de plus en plus problématique. Le gouvernement cherche des solutions et tous les personnages suivis au début de l’histoire se retrouvent en quarantaine dans les locaux d’un ancien hôpital psychiatrique.

Ils n’ont pas de noms, et n’en auront jamais. Il y a le docteur, la femme du docteur, le premier aveugle, la jeune fille aux lunettes teintées, l’homme au bandeau noir… Ils n’ont plus d’identité et ne sauront bientôt plus s’ils sont encore des hommes et des femmes. Quand cesse-t-on d’être humain ? Quels comportements peuvent être considérés comme indignes pour des êtres humains ? Jusqu’où l’horreur de leur situation va-t-elle les conduire ? Et y aura-t-il, à la fin, une solution pour les guérir de ce « mal blanc » qui les éblouit et leur ôte la vision ?

J’ai beaucoup apprécié la partie qui se passe dans l’asile, qui laisse imaginer ce que peuvent être les conditions de vie dans un camp de concentration ou un camp de réfugiés. Mon intérêt a diminué ensuite (je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler l’histoire) et j’ai trouvé la fin un peu trop « facile ». J’aurais aimé que, tels des Robinsons sur une île, le groupe organise un nouveau mode de vie. Ce pourrait être l’objet d’un autre roman…


Malevil, Robert Merle

Malevil, Robert Merle – Première publication : 1972

Synopsis : Dans la France rurale des années 1970, six personnes survivent à l’apocalypse. Réunis dans une cave, ils échappent par hasard à une terrible explosion suivie par une vague de chaleur. Le monde n’est plus. Ruines, corps calcinés. Malevil est l’histoire d’une petite communauté, un groupe d’hommes et de femmes tentant de recréer un embryon de civilisation, confrontés aux doutes, aux vicissitudes d’une nouvelle vie, et aux dangers d’un monde qui ne connaît plus de lois. Pas de combats glorieux ou de reconstruction effrénée, juste un quotidien âpre, inéluctable, et la voix d’un homme, Emmanuel Comte, qui, malgré ses incertitudes, s’élèvera pour assurer l’unité et la cohésion du groupe : «Pas d’unité, pas de survie.» Récit poignant d’un réalisme extrême, Malevil est l’histoire d’un nouveau départ qui n’est qu’une continuation de la vie. Un grand classique.

Mon avis (avril 2015) : Je m’attendais à un livre sur la fin du monde, un livre futuriste, apocalyptique, proche du Feu de Dieu de Pierre Bordage.
Et finalement, j’ai eu l’impression de me retrouver dans un roman historique : le retour de la vie après l’explosion, l’organisation de la communauté, l’importance des bêtes pour se nourrir, la vie dans ce château à double enceinte qu’il faut défendre… m’ont donné l’impression d’être au Moyen Âge, alors que l’action se passe en 1978.

Meyssonnier reprend :
— On est en plein Moyen Âge.
Je secoue la tête.
— Non. Pas tout à fait. Il y a une analogie de situation, c’est vrai, au Moyen Âge on a connu des moments comme ceux-ci. Mais tu oublies une chose. Notre niveau de connaissances est infiniment supérieur. […] Et c’est très important, vois-tu. Parce qu’un jour, ça va nous permettre de tout reconstruire.

J’ai aimé les personnages, qui ont tous leur physique bien décrit, leur personnalité, leurs défauts, leur langage et leurs expressions, parsemées de patois, qui m’ont fait sourire par moments. C’est riche, bien écrit et la vie de ces hommes et femmes qui doivent s’organiser pour survivre m’a fait penser aux Piliers de la terre de Ken Follett.

Avant le jour de l’événement, à la campagne, le gars ou même la fille qui n’avait pas appris à conduire, c’était le pauvre type. Et le pauvre type, maintenant, ça va être le type qui ne sait pas monter et qui n’a pas de cheval. […] Le cheval, maintenant, il remplace tout : la moto, la voiture, le tracteur et l’automitrailleuse. Sans cheval, à l’heure actuelle, tu n’es rien. Tu es de la piétaille, c’est tout.

Les thèmes évoqués sont nombreux et poussent à la réflexion, ce que j’apprécie particulièrement dans un livre. Au cœur de l’histoire, on trouve des querelles religieuses (un thème cher à l’auteur) et la question du pouvoir : pouvoir civil et surtout militaire, pour guider les opérations d’attaque et de défense. Les assaillants ne sont pas rares et chaque attaque donne lieu à des scènes riches en action et rebondissements.

L’homme, c’est la seule espèce animale qui puisse concevoir l’idée de sa disparition et la seule que cette idée désespère. Quelle race étrange : si acharnée à se détruire et si acharnée à se conserver.
— Comme quoi, dit Peyssou comme s’il concluait une longue réflexion, ça suffit pas de survivre. Pour que ça t’intéresse, il faut aussi que ça continue après toi.

— A mon avis, dis-je, le sens de ce que nous faisons à Malevil, c’est que nous essayons de survivre en tirant notre nourriture de la terre et des bêtes. […] Si l’espèce humaine doit continuer, elle le devra à des noyaux de gens comme nous qui essayent de réorganiser un embryon de société.


C’est presque un coup de cœur, mais ça n’en est pas tout à fait un, car un point m’a dérangé dans ce livre : l’image de la femme et les réflexions sur la polygamie.

Aucun homme ne peut affirmer qu’il aurait été heureux auprès d’une femme avant d’avoir tenté l’expérience. Et s’il la tente, qu’elle soit heureuse ou malheureuse, l’expérience cesse d’en être une pour devenir sa vie. Une chose est sûre en tous cas. Si je l’avais épousée, il y a quinze ans, elle m’aurait fait bon usage. Ou, pour mieux dire, elle a très bien vieilli, sans se faner ni se dessécher, mais en devenant, sans excès, pulpeuse.


Malgré ce petit bémol, ce livre est un classique à côté duquel il ne faut pas passer.

Pour conclure, une dernière citation de Robert Merle :

On devrait vivre en portant plus d’attention à la vie. Elle n’est pas si longue.


Avez-vous envie de lire un des ces romans ? Les connaissez-vous déjà ?

Si vous avez d’autres lectures à conseiller sur le thème de la fin du monde, vos suggestions sont les bienvenues. Merci !

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