Peut-on vivre sans passé ?

Image Unsplash : Brennan Martinez

Quel rôle le passé joue-t-il dans notre vie actuelle ? Est-il un poids qu’il faut oublier, occulter ? Devons-nous, au contraire, prendre le temps de l’explorer pour s’appuyer sur nos expériences vécues ?

Nostalgiques des années 80, collectionneurs d’objets depuis l’enfance, certains d’entre nous vivent dans le passé.

« Tout le monde n’a pas eu la possibilité de faire un juste apprentissage de ses émotions, c’est-à-dire de les recevoir et de les exprimer quand elles se présentent à lui. »

Bien souvent, rester prisonnier de son passé est la preuve que certaines choses n’ont pas été réglées, qu’un fort traumatisme n’a pas été « digéré » à temps. Il nous tire vers l’arrière et nous empêche d’avancer.

Internet et les réseaux sociaux participent à cet ancrage dans le passé : ils nous permettent, si nous le souhaitons, de retrouver trace d’anciennes connaissances ou de conserver des liens avec toutes les personnes qui ont jalonné notre parcours. Les sites tels que copainsdavant ou trombi répondent à un besoin de renouer ainsi des liens avec notre enfance ou notre adolescence. Est-ce positif ?

Revoir d’autres personnes permet de mesurer le chemin parcouru, de voir l’évolution entre la personne qu’ils ont connu avant et la personne que nous sommes devenus aujourd’hui.

Il faut cependant s’interroger sur cette difficulté à s’affranchir du passé. Selon la psychothérapeute Nicole Prieur :

« Quitter une position infantile d’attente de consolation, c’est accepter la réalité de la perte et du manque ».

Si nous idéalisons facilement le passé, c’est aussi parce que « dans l’effort de mémoire, notre inconscient se charge d’aller chercher ce qui est suffisamment acceptable pour nous et de laisser aux profondeurs ce qui ne l’est pas », comme l’affirme Patrick Estrade.

Personnellement, je suis partagée entre cette nostalgie du passé et une furieuse envie de tout jeter, de tout supprimer… allant même jusqu’à imaginer changer de nom.

« On ne peut pas se libérer de son passé si l’on cherche à s’en débarrasser, répond Jacques André. Ou l’on se rendra vite compte que nous sommes toujours pris dans les mêmes histoires, les mêmes conflits, malgré tout. »

Il faut donc trouver une position médiane : s’intéresser au passé pour le comprendre et l’assimiler, afin d’aboutir à un apaisement, tant personnel que familial.

L’objectif est de devenir «  capable de voir non plus ce que nous n’avons pas reçu ou ce qui nous a fait souffrir, mais ce que nous avons reçu et ce qui nous a fait grandir ».

Si le passé n’est pas un refuge, idéal, parfait, où l’on se cache pour ne pas affronter le présent, il n’est pas non plus une prison, qui nous retiendrait et nous empêcherait d’affronter l’avenir.

Les photos, vidéos, documents… que nous conservons peuvent nous aider à travailler sur l’estime de soi, à retrouver une relation plus saine et sereine avec nous-mêmes. Le passé doit être intégré dans la mémoire autobiographique, comme une part de notre histoire personnelle.

Cette intégration est particulièrement difficile à réaliser dans le cas de personnes traumatisées. Même si je parviens à le « digérer », à l’intégrer dans ma réalité actuelle, mon passé ne sera jamais « léger ». Il restera un poids dans mon histoire, un poids dont il faut apprécier les forces. Les épreuves traversées m’ont appris la résilience. Avancer malgré tout. Se faire confiance pour surmonter les obstacles. Ce qui me permet aujourd’hui d’envisager sans crainte une réorientation professionnelle.

Quel est votre rapport au passé ? Êtes-vous nostalgique ? Indifférent ? Avez-vous déjà fait une thérapie pour soigner vos blessures d’enfance ?

Un commentaire sur « Peut-on vivre sans passé ? »

  1. Le passé nous construit mais ne nous définit pas.
    Faire l’impasse c’est risquer de refouler. Le passé doit être guéri pour vivre le présent et envisager l’avenir.
    J’ai une certaine nostalgie en moi mais je sais aujourd’hui savourer ce qui se présente et voir le passé pour ce qu’il a été: un tremplin pour devenir qui je suis.
    Je sais ce que j’ai vécu, je sais qu’il y aura toujours quelque chose de cela en moi, toutefois je sais aussi que j’ai réussi à dépasser ça, à reprendre gout à la vie, à dépasser mes démons. La réussite est ce sur quoi je m’appuie pour avancer
    Merci pour le partage de ces réflexions fort intéressantes

    J'aime

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