Regarder dans le miroir

Dernier jour de l’année. L’heure du bilan ?

Photo : Ethan Hoover

2019 a été une année compliquée, mais décisive. Il y a un an, deux de mes enfants vivaient avec leur père et l’aînée était partie étudier dans une autre ville. Aujourd’hui, leur résidence est fixée à mon domicile, par décision judiciaire, et ils vivent à nouveau tous les trois sous mon toit. C’est une grande victoire. Un immense soulagement.

Une page se tourne. La page de ces années de solitude, loin d’eux, où je tentais de comprendre comment j’en étais arrivée là. Pourquoi avoir quitté en 2014 un homme auquel on ne pouvait rien reprocher, un homme avec lequel je formais « un beau couple » ? Pourquoi avoir mis fin à 17 ans de vie commune alors que nous pensions déjà à la retraite et économisions pour acheter notre futur appartement ?

Quelle mère étais-je pour oser quitter ainsi mes enfants ? Aller vivre seule dans un studio, comme une étudiante. Quelle folie ! D’où venait ce besoin vital de solitude ?

En découvrant à cette époque la notion de burn-out parental, j’ai cru que c’est ce que je vivais : une overdose de vie maternelle, un effondrement interne sous la charge mentale qui était la mienne au quotidien, entre trajets, travail, enfants et conjoint exigeant. Mon corps épuisé me lançait des signaux d’alerte, dont les principaux étaient des troubles intestinaux. Ne dit-on pas que l’intestin est notre deuxième cerveau ?

Il n’y a pas eu vraiment de signe précurseur. Je devais partir. Le plus tôt possible. Heureusement, j’avais quelques économies. Et une volonté farouche de sortir de ce gouffre dans lequel je m’enfonçais chaque jour davantage (signe que je n’étais pas en burn-out, puisque non déprimée).

Je voulais vivre seule, ne plus rien devoir à personne. Pouvoir enfin décider de mes horaires comme bon me semblerait, manger si j’en avais envie, ne pas cuisiner si j’étais trop fatiguée, dormir le matin sans être réveillée… Égoïsme ? Ou instinct de survie ?


Après 5 années à me reconstruire loin de mes enfants, 2019 aura mis fin à cette période de ma vie où je n’étais plus rien. Ni une mère, ni une femme capable de se regarder sans honte dans le miroir.

Entamer une procédure judiciaire a été une démarche difficile. Oser contacter une avocate. Mettre les pieds au tribunal. Se retrouver face au juge aux affaires familiales, dans la même pièce que mon ex-conjoint. Il a fait appel. La procédure se poursuivra donc en 2020.

Changer d’année (et même de décennie) ne modifiera pas fondamentalement ma vie. L’expérience m’a appris qu’il faut de la patience. 2020 ne sera que la suite de 2019. Avec de nouvelles étapes, de nouveaux défis. Pour regagner un peu plus chaque jour ce que j’ai perdu quand je l’ai rencontré : confiance et estime de soi.

Si je devais formuler un souhait très personnel pour 2020, j’aimerais réussir à sourire sincèrement à la femme qui me fait face dans le miroir, être fière d’elle, la trouver belle… cette inconnue que j’apprivoise lentement.

3 commentaires sur « Regarder dans le miroir »

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